Roger Zelazny, Le songe d'une nuit d'octobre, Éditions ActuSF, collection Hélios, février 2019

Publié le par Maude Elyther

illustration de couverture par Damien Worm

illustration de couverture par Damien Worm

4ème de couverture

Quand le steampunk rencontre le mythe de Cthulhu.

Octobre. Dans 31 jours, le portail s’ouvrira et les Grands Anciens déferleront sur le monde. Dracula, Sherlock Holmes, Raspoutine, le docteur Frankenstein… Ils seront tous là. Mais feront-ils partie des ouvreurs avides de pouvoir, ou seront-ils des fermeurs qui s’opposeront aux horreurs indicibles ?
Les familiers de ces personnages seront eux aussi impliqués dans cette murder party ésotérique riche en rebondissements. Tout particulièrement Snuff, un chien dont le maître, Jack, aime se promener la nuit dans Londres avec son grand couteau…

Le Jeu va commencer. Quel sera votre camp ?

Roger Zelazny est l’auteur de la saga des Neuf Princes d'Ambre. Avec Le Songe d'une nuit d'octobre, il rend hommage avec humour à l’univers de H.P. Lovecraft.

Avant-propos

Je commence en remerciant Jérôme Vincent et les Éditions ActuSF pour m'avoir fait parvenir ce nouveau service presse ! Le Songe d'une nuit d'octobre fait ici peau neuve dans la collection poche, Hélios, avec une nouvelle couverture, à l'occasion du mois Lovecraft.

Vous cherchez une lecture détente ? Le Songe d'une nuit d'octobre propose, sur un ton humoristique, une plongée à l'époque victorienne. Sous ses airs "d'économie stylistique", les références sont délicieuses, créant un mélange de personnages littéraires ou autres grandes figures, autour de la mythologie lovecraftienne.

Mots clefs

lovecraftien - familiers - murder party - jeu - époque victorienne - personnages littéraires - humour - références - animaux - mois Lovecraft - jeu de rôle

En traversant le pont, Jack déroula la lambeau de vêtement pour l'examiner.
— Excellent, dit-il. C'est bien vert.
Pourquoi sa liste d'ingrédients exigeait-elle la bordure d'une cape de couleur verte arrachée de force à une dame rousse, à cette date précise, à minuit ? Je ne saurais le dire. À mes yeux, les instructions magiques ressemblent souvent à des ordres de mission nocturne pour éboueurs fous. Mais enfin, puisque Jack était content, je l'étais aussi.

Roger Zelazny, Le songe d'une nuit d'octobre, Éditions ActuSF, collection Hélios, février 2019

Jeu de rôle grandeur nature

Le songe d'une nuit d'octobre donne le ton dès les premières lignes puisque le récit est narré selon le point de vue de Snuff, un chien, familier d'un certain Jack. L'animal l'assiste dans sa récolte d'ingrédients, selon des détails et des dates importantes (un bout d'étoffe du vêtement d'une femme rousse par exemple), mais aussi dans la surveillances de Choses qui menacent souvent de s'échapper alors qu'elles vont servir à l'ultime étape du Jeu. Si ces ingrédients ne sont que rarement précisés, bien que Jack, armé de son couteau, les amasse de préférence la nuit, dans des cimetières ou rues, le but d'un rituel paraît rapidement évident. En effet, cela participe au Jeu dont nous apprenons au fur et à mesure quelques informations. L'important est que ce Jeu regroupe plusieurs personnes, toutes accompagnées d'un familier. Si le début est presque bon enfant si je puis dire, les animaux s'échangeant des informations (l'identité des participants, leur lieu de résidence notamment), à partir d'un moment, soupçons et mégardes sont de mises. Car deux camps s'affrontent : les ouvreurs et les fermeurs. La date fatidique énoncée par le titre - (...) une nuit d'octobre - annonce soit l'Apocalypse soit la survie de l'humanité, jusqu'à la prochaine partie.

Je humais les senteurs de la forêt et de la terre en songeant aux Anciens Dieux : je me demandais comment ils pourraient changer les choses si la voie était ouverte pour leur retour. Le monde pouvait être bon ou mauvais sans intervention surnaturelle ; nous avions élaboré nos propres façons de vivre, défini nos propres conceptions du bien et du mal.

Roger Zelazny, Le songe d'une nuit d'octobre, Éditions ActuSF, collection Hélios, février 2019

Références

Le récit abordé selon le regard de Snuff, nous allons surtout suivre les interactions entre les différents familiers. De ce fait, les personnages "humains" ne sont pas véritablement décris (taille, objet particulier, vêtement) et certains sont nommés par leur fonction : le Comte (et ses amis Tziganes), le Grand Détective… Et pourtant nous avons affaire là à de grandes figures littéraires ou historiques : Jack l'Eventreur, Dracula, le Docteur Frankenstein et sa créature, Sherlock Holmes, Raspoutine. Une sorcière (dont je n'ai pas trouvé la référence), un lycanthrope féru de botanique (alias Larry Talbot, le nom du personnage dans le film Le Loup-Garou - The Wolf Man, ou plus récemment Lawrence Talbot du film Wolfman) et un prêtre fanatique s'ajoutent entre autres à ceux-ci. Ce mélange n'est d'ailleurs pas sans me rappeler la série Penny Dreadful (où de nombreuses figures littéraires se côtoient).

Les supputations vont bon train quant à connaître le camp de chacun, d'autant plus qu'il semble y avoir un joueur mystère dans la partie. Quoi qu'il en soit, tout ce monde s'affrontera à la date fatidique qui signera ou non la fin de l'humanité, la venue ou non de forces lovecraftiennes. Je précise qu'il ne faut pas être initié.e de l'œuvre de H.P. Lovecraft pour découvrir ce court roman. Bien sûr, quelques clins d'œil à son univers sont distillés, notamment le chapitre où Snuff et le familier d'une joueuse se retrouve dans une autre dimension, ou encore la mention d'une clef d'argent et des Anciens Dieux ; cependant, le récit est très clair quant à d'effroyables créatures qui sortiraient de leur monde pour envahir le nôtre selon la fin de partie.

(…) [le Grand détective] (…) se tourna vers moi.
— Snuff, dit-il de sa voix normale, tu as de la chance que j'ai de bonnes jumelles et que je m'en sois servi à point nommé.
» Tu es une créature peu banale, continua-t-il. La première fois que je t'ai rencontré, c'était à Soho, où j'aidais quelques amis de Scotland Yard dans leur enquête sur une série de meurtres très insolites. Par la suite, je t'ai vu dans diverses situations des plus intrigantes. Ta présence semble être le dénominateur commun de tous les événements bizarres de la région. Une telle régularité ne peut pas être assimilée à une coïncidence.
Je m'assis et me grattai l'oreille gauche avec ma patte arrière.
— Non, non, ça ne marche pas avec moi, Snuff. Je sais que tu n'es pas un simple chien sans cervelle, une intelligence subhumaine. J'en ai beaucoup appris sur les affaires de ce mois et de cet endroit, et sur les gens engagés dans la curieuse entreprise que vous appelez, je crois, le « Jeu ».

Roger Zelazny, Le songe d'une nuit d'octobre, Éditions ActuSF, collection Hélios, février 2019

Aventure et humour

Malgré le fil conducteur relativement simple, Le songe d'une nuit d'octobre propose avant tout un récit d'aventure. Pour cela, le texte se présente sous la forme d'une éphéméride : chacun des 31 chapitres correspond à un jour d'octobre ; la date fatidique étant le jour d'Halloween, vous l'aurez compris. Le début se passe sans accroc, Snuff fait ses (nombreux) tours de garde, assiste Jack la nuit pour la collecte des ingrédients, tout en menant son enquête auprès des autres familiers et en espionnant pour effectuer des calculs mentaux et trouver le lieu du rituel. Petit à petit, les événements s'enchaînent, de plus en plus nombreux, une légère oppression augmente (notamment pour moi lors de la captivité de Snuff). Entre ces faits, des imprévus surgissent : la mort d'un puis de deux joueurs, l'arrivée d'un personnages dont personne ne sait s'il fait partie du Jeu ou non, un joueur qui s'en prend aux autres familiers… Snuff doit cacher une piste qui mènerait les enquêteurs à s'intéresser de trop près aux joueurs, et il a notamment à l'œil le Grand Détective qui trompe tout le monde sous un déguisement très réussi excepté le familier de Jack.

L'ambiance est à l'humour avec ce jeu de rôle/murder party grandeur nature façon Cluedo. Des situations cocasses apparaissent : un familier en saoulant un autre, en le faisant manger des prunes fermentées, pour recueillir des informations, un "chat roi" auquel on s'adresse par "Grand Ronronneur", les entraides durant la collecte d'ingrédients dans un cimetière… Tout cela participe à cette lecture détente qui propose néanmoins une possible fin du monde.

Si ni mon corps ni ma tête n'étaient mien, qu'étais-je, pauvre hère jeté parmi les champignons et la puanteur, les oreilles bourdonnantes d'incantations diaboliques ? Illusion ! Illusion ! Cela ne pouvait être qu'une illusion, n'est-ce pas ? Je n'ai jamais compris. Aujourd'hui encore, j'ignore ce qui s'est passé.
Les champignons noircirent, se fripèrent et se démantelèrent au contact du brûlant flot verdâtre qui les engloba.
Dans le miroir, nos images gondolaient, se brouillaient, se mêlaient. Dans le ciel, la lune avait pris la couleur du sang et dégouttait sur nous. Une étoile filante la traversa. Puis une autre. Et une autre. Bientôt, il en plut par milliers.
Le miroir se brisa. Jack et moi nous retrouvâmes seuls à notre extrémité, dans nos formes normales. Un grand vent venu du nord balaya le halo qui avait nimbé la scène et, peu à peu, les autres retrouvèrent également leur aspect d'origine.

Roger Zelazny, Le songe d'une nuit d'octobre, Éditions ActuSF, collection Hélios, février 2019

Pour conclure

Ne vous fiez pas au titre : si la traduction française fait directement référence à Shakespeare, là s'arrête le rapprochement. Cependant, Le songe d'une nuit d'octobre propose un large panel avec son mélange de références du XIXème siècle (de Jack l'Eventreur au Docteur Frankenstein en passant par Sherlock Holmes), le côté humour façon murder party et aventure, des éléments fantastiques et de weird fantasy lovecraftienne, un soupçon de sorcellerie avec le personnage de Jill et les artefacts utilisés lors de la dernière phase du Jeu. Ce court roman ajoute une belle touche d'amitié, avec les liens et unions qui naissent entre les familiers et même entre plusieurs joueurs, issus de camps adverses.

Petit plus : la préface m'a donné envie de lire d'autres œuvres de Roger Zelazny que je découvrais avec ce roman.

Call of Cthulhu (jeu vidéo)Call of Cthulhu (jeu vidéo)

Call of Cthulhu (jeu vidéo)

Roger Zelazny, Le songe d'une nuit d'octobre, Éditions ActuSF, collection Hélios, février 2019

Publié dans chronique, service presse

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