Morgane Caussarieu, Rouge Venom, tome 2, Éditions ActuSF, collection Naos, mai 2019

Publié le par Maude Elyther

illustration de couverture par Alexandra V Bach

illustration de couverture par Alexandra V Bach

4ème de couverture

Irrésistible. Venimeuse. Cannibale. 

Son sang ensorcelant est un poison. 

Elle nous appâte comme la plante carnivore les mouches. 

Elle n'existe que pour nous dévorer jusqu'au dernier.

Tant mieux. Nous sommes des monstres.

Elle, c'est Barbie.

Barbie, contre les vampires.

Et moi, Faruk, je l'aime à en mourir. 

Plus impitoyables, sensuels et déjantés que jamais, les vampires de Morgane Caussarieu reviennent secouer le mythe. Aiguisez vos canines, ça va saigner ! 

Spécialiste des littératures vampiriques et underground, l'autrice plusieurs fois primée renoue ici avec l'univers badass et décalé de Rouge Toxic (Prix Halliennales 2018).

Avant-propos

Pour commencer, je remercie à nouveau Jérôme et les éditions ActuSF pour l'envoi de ce service presse !

C'était l'occasion de lire Rouge Toxic (qui était dans ma PAL depuis presque un an), j'ai ainsi pu enchaîner la lecture des deux tomes ! Depuis le temps que je devais lire un autre roman de Morgane, j'ai lu Rouge Toxic et Rouge Venom dans la foulée ainsi que sa nouvelle, Le Syndrome de Pan, dans l'anthologie des Utopiales 2018 !

Avant de poursuivre : prenez garde, ici il s'agit d'une chronique sur le tome 2, Rouge Venom, même si je reviens brièvement en avant-propos sur Rouge Toxic, le premier opus.

Mots clefs

Young Adult - vampires - vampire originel - bactérie - science - addiction - sang - voyages - La Nouvelle-Orléans

Pour appuyer mes paroles, je lui saisis la gorge au-dessus de son collier de chien et serrai.
Ça ne le gêna pas ; ce n'était pas comme si nous avions besoin de respirer, en même-temps. L'avantage d'être des presque morts-vivants. Au contraire, cela eut l'air de l'exciter. J'étais consciente que J.F. n'attende qu'une chose : que nous recommencions à échanger notre sang comme avant. Fusion brutale, étreinte cosmique. Ouroboros des dents et des veines. J'avais dû y mettre un terme par respect pour les sentiments de Barbie.

Morgane Caussarieu, Rouge Venom, tome 2, Éditions ActuSF, collection Naos, mai 2019

Avant propos

Morgane Caussarieu s'est fait connaître en tant qu'anti-Twilight dès sa première publication, Dans tes veines. Sa devise : "Les gentils vampires, ça n'existe pas". Si les créatures de la nuit aux canines longues assoiffées d'hémoglobine humaine pullulent dans ses écrits (romans, essai, nouvelles), l'auteure traite avant tout de l'univers underground et même contemporain (comme en témoignent Chéloïdes ou encore Techno Freaks). Radicale aussi bien dans ses genres de prédilection que sa plume, et même via ses expériences, Morgane a frappé à la porte d'un genre où on ne l'attendait pas forcément : le Young Adult. C'est ainsi que Rouge Toxic (mai 2018) est paru, suivi depuis le mois dernier par le tome suivant, Rouge Venom, aux Éditions ActuSF, collection Naos.

Avant d'aborder Rouge Venom, je reviens brièvement sur Rouge Toxic, le premier opus.

Nous y suivions Barbara, plus communément appelée Barbie, qui vit avec son parrain et une nounou adepte de vaudou. De déménagement en déménagement, ils s'installent cette fois à San Francisco. Au lycée, elle va faire la rencontre de Faruk, étrange et envoûtant adolescent qui n'aura de cesse de la suivre, de chercher à la séduire, à la mettre hors d'elle… Mais Faruk a été engagé en tant que garde du corps. Une menace plane sur Barbie. Pourquoi son parrain a-t-il fait appel à un vampire pour la surveiller ? Vampire centenaire sous ses éternels airs d'adolescent qui, s'il a accepté ce travail en échange de seringues miracles lui permettant de marcher en plein jour sous le soleil, n'en fait en général qu'à sa tête, comme se rapprocher de Barbie.

Lycée, adolescence, vampires. Et pourtant, à nouveau Morgane Caussarieu se moque des clichés et fait entrer en scène des vampires prédateurs, l'addiction (le sang, mais aussi les "seringues magiques"). Histoire d'amour il y a, mais entre proie et un prédateur, voilà qui est déjà compliqué, alors quand la première se transforme en prédateur de prédateur… Car Barbie, cette lycéenne solitaire, instable, va découvrir qu'elle n'est autre qu'un cobaye et qu'il s'agit de son père qui lui a injecté la bactérie cannibale. Son dessein ? éradiquer les vampires, en misant sur leur addiction, leur insatiable soif d'hémoglobine humaine. Rouge Toxic se refermait dont sur La Nouvelles-Orléans, avec Barbie et quelques vampires avec lesquels elle se retrouve bien malgré elle embarquée. Leur quête ? trouver un vaccin. Contre la bactérie cannibale, la Bacteria cannibalis, qui lui a été inoculé, faisant d'elle une arme fatale contre les vampires.

Je me rappelais surtout que Gaby et moi, on passait notre temps à se crêper le chignon - deux ego aussi disproportionnés, ça fait jamais bon ménage -, à échafauder des plans pour se buter l'un l'autre, plans qu'on mettait jamais à exécution.
Question de sentimentalisme sans doute.
Putain, qu'est-ce que je m'emmerdais depuis qu'il avait fini au bûcher ! Seul, sans challenge artistique, je perdais mon inspiration. Mes œuvres de sang se ressemblaient toutes, et elles n'avaient plus d'âme.
Si je décelais en Faruk un certain potentiel, il était à mourir d'ennui en ce moment, lobotomisé par la toubib (…). Quant à Maman Gédé, elle était perchée méchant. Trop mystique à mon goût. Et sa marmaille, ses gédés, ses enfants perdus, ils fonctionnaient comme l'esprit de la ruche d'un Pays de nulle part dont elle serait la Reine, placée sous le culte du Baron. J'étais exclu de leur synergie. De toute façon, j'avais pas spécialement envie d'en faire partie. Je tenais à ma foutue personnalité, moi (…).

Morgane Caussarieu, Rouge Venom, tome 2, Éditions ActuSF, collection Naos, mai 2019

Pas de temps mort !

Rouge Venom enchaîne directement à La Nouvelles Orléans, là où nous avions laissés Barbie. Nous la retrouvons en compagnie de Faruk, devenu l'ombre du vampire - exit le prédateur, l'adolescent centenaire tente de se racheter en éliminant, par la science d'Emma, la soif de sang -, JF qui s'ennuie, atterré par l'état de son oncle et Emma la scientifique. La Cannibale s'enlise dans l'alcool au sein de cette collocation bancale. Elle n'a plus de famille, ne peut plus aimer Faruk car une goutte de sang et sans doute de salive suffirait à le tuer. Emma a peur d'elle, Faruk est à l'état de loque et JF, égal à lui-même, se fait un malin plaisir de lui nuire. Avec cela, elle doit faire face à sa nouvelle nature. Pour ce faire, elle rencontre le patient zéro de son père. Et pourtant, ni auprès de ce dernier, ni auprès des vampires, pas même Faruk, elle n'est à sa place. Aussi, lorsqu'Emma émet l'hypothèse qu'il faut le sang d'un vampire originel pour endiguer la Bacteria cannibalis, voilà Faruk, JF et Barbie qui partent, direction la France, pour partir sur les traces de… Gabriel. L'angelot sadique, le père de la nuit de Faruk, l'un des anciens compagnons de voyage de JF que tous croient mort. Bientôt, avec Emma en plus, les voilà qui embarquent pour… vers un nouveau pays pour remonter la trace d'un vampire originel.

Je vous passe ces détails pour ne pas en dire trop. Toujours est-il que Morgane Caussarieu n'a instauré aucun temps mort, ce second tome est même plus court que son prédécesseur. Elle alterne à nouveau avec un.e narrateur.rice différent.e à chaque chapitre, recréant cette addiction qui avait si bien fonctionné avec Rouge Toxic. Contrairement à celui-ci, qui ne faisait parler que Faruk et Barbie, tous les personnages passent par une narration à la première personne, sans que les faits se répètent, au contraire, ils se complètent, offrant le point de vue de chacun, tout comme leur façon de penser, avec un vocabulaire varié, voire très familier/argotique (surtout JF, ex chanteur punk, décadent et misogyne). J'ai trouvé le rythme plus soutenu encore que le premier opus, sans pour autant que cela nuise à l'intrigue. En effet, avec tout ce qu'il se passe, on pourrait craindre un "trop rapide", "insuffisant" mais pour moi, l'auteure va à l'essentiel, jonglant parfaitement entre plusieurs fils (le passé de Faruk, la transformation de Barbie, ne plus ou être à nouveau un vampire…). Bien sûr, nous aimerions plus, insatiables lecteurs, pourtant, plus important que le nombre de pages : une suite est-elle prévue ?

(…) tu es un Gédé à présent. Nous sommes les enfants perdus, les enfants du Bayou. Plus féroces que l'alligator. Nous sommes les enfants de La Nouvelle-Orléans. Plus anciens que les balcons de fer forgé. Nous sommes les enfants de l'Afrique. Plus implacables que les négriers. Le sang de notre race a bâti le Vieux Carré, nous reprenons ce qui nous revient de droit. Le sang des blancs. Le sang des adultes blancs. Un juste retour des choses.

Morgane Caussarieu, Rouge Venom, tome 2, Éditions ActuSF, collection Naos, mai 2019

Les personnages

Nous avions déjà vu dans Rouge Toxic que Morgane Caussarieu faisait reparaître des personnages de romans précédents (Dans les veines, Je suis ton ombre - pour public averti), avec JF et Soko, ici, nous en apprenons plus sur ce qu'est devenu "Poil de Carotte" (Je suis ton ombre)… Je précise qu'il n'est pas nécessaire d'avoir lu les deux ouvrages mentionnés entre parenthèses, d'autant plus qu'il ne s'agit pas là de Young Adult [d'ailleurs pour ma part, si j'ai terminé Dans tes veines, je n'ai lu que le début de Je suis ton ombre, ce n'était pas la bonne période quand j'ai voulu le lire, mais je n'ai pas dit mon dernier mot, il y passera aussi !]. Entre nouveaux et/ou personnages déjà connus au bataillon, l'auteure insuffle un peu de sang frais (si je peux dire…) à Rouge Venom, poussant plus loin encore la trame vampirique en remontant à leurs origines. Sur ce point, je vous laisse le découvrir directement en lisant le roman ;) Les vampires gentils n'existent pas, et dans ce second opus, Morgane Caussarieu le met plus en avant qu'avec Rouge Toxic. J'ai trouvé ce tome plus sombre, plus trash, plus animal. Vampires et humains sont prêts à tout pour survivre, quitte à détruire, à éradiquer. Barbie n'est plus humaine, elle n'est plus faible non plus, pour autant elle demeure instable, comme une bombe à retardement ici ; une métaphore amplifiée du passage à l'âge adulte ? L'atmosphère est plus gluante, plus pesante, la survie comme un passage initiatique, des crises existentielles, qui diffèrent pour chaque personnage (avec même quelques confessions de JF envers sa progéniture, Emma).

Côté existentiel, Faruk et Barbie sont paumés dans ce second opus. Barbie n'est pas l'héroïne super badass que certains pourraient attendre, bien qu'à la fin, elle bascule tout. Elle semble plus trimbaler par ses colocataires, rongeant son frein tandis que la Bacteria cannibalis arrive à maturité dans son organisme. Bien qu'arme fatale, bombe à retardement, elle lutte contre sa facette Cannibale pour sa survie (un accord passé avec Maman Gédé), ou bien elle rêve de détruire tous les vampires, JF le premier… cela dépend de son humeur. Dans la gent féminine, nous avons aussi Emma, la scientifique, les féministes n'apprécieront pas de voir ce personnage relégué dans la case pathétique (vampire de son état, elle n'a rien d'un prédateur, elle est trop respectueuse de la vie humaine dans l'univers underground vampirique ici dépeint), de même que la mentalité misogyne de JF. Pour autant, Emma croit en la science, plus précisément SA science, critiquée et moquée par ses comparses, elle tentera de gagner à sa cause Faruk. Et qu'en est-il du vampire originel dont ce groupe improbable remonte la trace ? Je vous laisse la surprise…

Pourquoi désires-tu à ce point refaire partie du bétail ? Durant trois ans, avant qu'on m'emprisonne, j'ai fait le tour des plaisirs que ce corps peut offrir… J'ai déniaisé sous la tente des jeunes filles en fleur, puis des garçons honteux dans l'obscurité des dortoirs. Je me suis laissé séduire par des hommes mûrs et des femmes plus expérimentées. J'ai mangé des plats venus du monde entier : des fruits recouverts d'épines, des algues japonaises, des marshmallows grillés, et des sorbets fluo. Je me suis enivré, j'ai croqué des champignons qui font voyager et fumé des herbes qui font rire. Mais mon verdict est sans appel. Crois-moi, tout cela combiné est bien fade face au goût du sang.

Morgane Caussarieu, Rouge Venom, tome 2, Éditions ActuSF, collection Naos, mai 2019

Pour conclure

Suite directe à Rouge Toxic, Rouge Venom propose un nouvel opus tout aussi addictif. Sans temps mort, il met en avant le côté prédateur des vampires, dans un univers underground gluant et oppressant qui nous emmène dans plusieurs pays, sur les traces d'un vampire originel, le tout ponctué par diverses crises existentielles de ses personnages.

Morgane Caussarieu joue aussi avec les clichés, au point que ses lecteurs déprécient son héroïne, Barbie, sont déçu.e.s par Faruk version loque, et apprécient JF, le misogyne décadent… si ce n'est pas renverser les clichés ! Loin de Twilight et des romans qui ont inspiré les films (nous sommes bien plus proches du roman Âmes perdues de Poppy Z. Brite - pour public averti), l'auteure nous livre son univers underground et nous fait aimer, voire adorer, les "méchants" vampires. Exit le vampire pailleté (pour le bonheur de nos yeux), place au prédateur drogué au sang.

Ce cocktail d'humour noir éclaboussé d'hémoglobine est catalogué Young Adult, et l'auteure parvient malgré tout à ne pas trahir sa plume, son univers ou ses personnages, offrant un récit un peu plus light que ses autres productions. Sans tabou, elle traite d'addiction (alcool, sang…), drogue, mais aussi sexe et violence. Les humains comme les vampires se montrent monstrueux, le manichéisme s'évapore et les clichés éclatent.

" Hola, chicos !" qu'il dit, pas rancunier, comme s'il venait juste de sortir de ses pensées.
Il se laissa tomber au sol, se gratta la tête, et nous ignorant ostensiblement, il se rapprocha d'une sculpture inachevée et commença à la peaufiner. Il se payait nos tronches, ou quoi ? Ancien ou pas Ancien, ça allait pas se passer comme ça ! J'étais pas l'homme invisible, j'étais même du genre voyant, qui clignote avec des loupiotes. Et si y avait un truc que je ne supportais pas, c'était de ne pas accaparer l'attention.

Morgane Caussarieu, Rouge Venom, tome 2, Éditions ActuSF, collection Naos, mai 2019

Autre lecture

J'ajoute la référence d'une BD, Une bien belle nuance de rouge de Mauricet, sur les thèmes de l'adolescence et du vampire (ici personnage de la mouvance romantique), qui traite du deuil et de la solitude avec une héroïne mal dans ses baskets qui se laisse bercer par la nuit pour trouver le réconfort. Et qui rencontre un vieux beau romantique, étrange et troublant, qui ne la laisse pas insensible… (pour reprendre les mots de la 4ème de couverture). Ici nous sommes également loin des clichés de Twilight, dans une atmosphère gothique où naissent des sentiments ambigus.

Morgane Caussarieu, Rouge Venom, tome 2, Éditions ActuSF, collection Naos, mai 2019

Publié dans chronique, service presse

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