Le Club des Érudits Hallucinés, Marie-Lucie Bougon, Éditions du Chat Noir, collection Black Steam, 2019

Publié le par Maude Elyther

illustration de couverture par Miésis

illustration de couverture par Miésis

4ème de couverture

« Je commence aujourd’hui cet ouvrage, ou du moins sa première ébauche, consacré au sujet inédit et encore bien peu documenté qu’est la biomutation (le néologisme est de mon cru.) La biomutation désigne un phénomène déjà amplement constaté, mais encore jamais étudié de manière rigoureuse et scientifique : la capacité qu’ont les objets inertes, et ce tout spécialement quand ils atteignent un haut degré de sophistication à, pour le dire vulgairement, prendre vie. »
Brouillons du professeur Mirandol Brussière.

Quand la jeune Eugénia trouve refuge dans la maison du professeur Brussière, physicien en retraite dirigeant un petit cercle d’érudits, elle ne révèle pas immédiatement son extraordinaire nature : elle n’est pourtant autre que l’andréïde, la première femme artificielle, prodige d’une mystérieuse technologie décrite par Villiers de l’Isle-Adam dans L’Ève future. Avec l’aide du professeur et des membres du cénacle, un étudiant passionné, un dandy mélomane, un aventurier aguerri et une voyante excentrique, Eugénia part en quête des secrets de sa conception, car une question obsessionnelle occupe son esprit : une machine peut-elle posséder une âme ?

Mots clefs

steampunk - enquête - aventure - voyages - époque victorienne - condition des femmes - science - robot - andréïde - identité humaine - âme - club - littérature - spiritisme

Mon retour lecture

Après sa nouvelle éponyme, parue dans l’anthologie Montres Enchantées aux Éditions du Chat Noir) Marie-Lucie Bougon nous revient avec Le Club des Érudits Hallucinés. La dite-nouvelle figure d’ailleurs en introduction de son roman, dont elle est la genèse, nous permettant de nous familiariser avec les personnages pour la suite [ce qui occasionnera certes de petites répétions quant à la présentation de quelques protagonistes, mais cela n’a rien gâché à ma lecture, d’autant plus que je n’avais pas encore lu sa nouvelle].

Époque victorienne. Un étrange club se réunit pour étudier la biomutation, autrement dit la capacité des objets mécaniques, inertes, à devenir vivant. Issus de divers milieux, les membres de ce club offrent des caractères et apparences bien marqués : Bruissière, le vieux professeur, Eusèbe, un étudiant, Victor, un aventurier, Barberine, une médium, Alcibiade, un bourgeois soigné qui s’ennuie, et enfin, Eugénia, l’assistante du premier. Cette dernière leur révèle sa nature particulière : elle n’est autre que l’andréïde, la femme robot, la femme parfaire, décrite par Villiers de l’Isle Adam dans L’Ève Future. Cette révélation conduit le joyeux groupe d’amis à investiguer sur ses origines.

Récit steampunk, Le Club des Érudits Hallucinés foisonne de décors (villes et pays), de thématiques (la condition des femmes, l’identité humaine, le vivant, la place des robots, la politique, la science, et plus largement la culture, ou encore l’âme/l’esprit/l’énergie). Voyages en zeppelin, duel au pistolet, recherches scientifiques, enquêtes, spiritisme (médium, hypnose…) etc L’auteure nous offre un superbe roman, captivant, à l’écriture façon XIXème siècle très soignée qui fait partie intégrante de la qualité du texte ! Petit plus : des lettres et quelques articles de journaux s’ajoutent entre les chapitres, ainsi que plusieurs bribes du journal intime d'Eugénia ou encore de l'essai du Professeur Bruissière à propos de la biomutation.

La culture littéraire de Marie-Lucie Bougon se ressent indéniablement dans son roman, n’hésitez pas à consulter son blog, La Luciole Écarlate, en amoureux et/ou curieux de la littérature !

Je vous recommande absolument Le Club des Érudits Hallucinés, une lecture savoureuse, intelligente et réflexive !

Pour ma part, j’ai eu une petite préférence pour le personnage d’Alcibiade, absolument savoureux en enquêteur amateur !

Une auteure au grand potentiel que je ne manquerai pas de suivre !

Qui, après tout, aurait pu deviner que je n'étais pas humaine ? J'étais faite de chair. Je me comportais comme telle. Lors de mes premiers mois chez Mirandol, j'avais eu quelques difficultés à donner le change : je m'étais forcée à manger pour faire comme les autres, même si je n'en ressentais pas le besoin, et toute nourriture, au début, prenait un goût de cendres dans ma bouche. Et puis, peu à peu, j'avais commencé à y prendre plaisir, à découvrir les saveurs, les odeurs, les textures et toute la vaste palette des sensations. J'avais même commencé à avoir faim. Il en avait été de même pour la respiration : après m'être forcée à soulever ma poitrine régulièrement, j'avais fini par le faire sans y penser, et maintenant, j'aspirais à véritablement de l'air lorsque ma cage thoracique se mettait à se mouvoir. Je me fondais dans le décors. Ou plutôt, comme Mirandol l'expliquait désormais à l'issue de ses recherches, je m'humanisais par mimétisme, je biomutais. Quand il avait fini par comprendre qui j'étais, je ne pensais déjà presque plus à mes rouages, à mes vis, à mon squelette de fer. Je me sentais plus humaine que jamais.

Le Club des Érudits Hallucinés, Marie-Lucie Bougon, Éditions du Chat Noir, collection Black Steam, 2019

photo souvenir à Livre Paris, 2019

photo souvenir à Livre Paris, 2019

Publié dans chronique personnelle

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