Alex Evans, La machine de Léandre, Éditions ActuSF, collection Bad Wolf, septembre 2019

Publié le par Maude Elyther

illustration de couverture par Dogan Oztel

illustration de couverture par Dogan Oztel

4ème de couverture

Constance Agdal, excentrique professeur de sciences magiques, n'aspire qu'à une chose : se consacrer à ses recherches et oublier son passé. Malheureusement, son collègue disparaît alors qu'il travaillait sur une machine légendaire. La jeune femme le remplace au pied levé et fait la connaissance de Philidor Magnus, un inventeur aussi séduisant qu'énigmatique. Bientôt, une redoutable tueuse et un excentrique et un richissime industriel s'intéressent à ses travaux, sans oublier son assistant qui multiplie les maladresses et un incube envahissant...

Alex Evans, autrice du très remarqué Sorcières Associées, nous livre dans le même univers une enquête trépidante qui mêle admirablement steampunk et magie.

Avant-propos

Apprenant il y a quelques mois la sortie de La Machine de Léandre chez ActuSF, j'ai lu cet été Sorcières Associées de la même auteure : je n'avais pas encore découvert sa plume et son prochain roman se déroulerait dans le même univers. Aussi, ayant beaucoup apprécié Sorcières Associées, j'ai été très heureuse de recevoir le petit nouveau en service presse. Pour cela, je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF !

Mots clefs

steampunk - fantasy - gaslamp fantasy - sorcellerie - chamane - don - magie - incube - machine - invention - livre - artéfacts - chasse au trésor - aventure - féminin - femme indépendante

couvertures d'anciennes versionscouvertures d'anciennes versions

couvertures d'anciennes versions

Tout un univers

La machine de Léandre comprend un roman, du même nom, ainsi qu'une nouvelle, La chasseuse de livres. Tous deux se lisent de façon indépendante, se déroulant à quelques mois d'intervalle et dans des villes différentes. Il s'agit du même univers où prend place Sorcières Associées. Cependant, je ne vais pas comparer mais vous situer tout cela. Alex Evans a construit un univers de fantasy steampunk très original : imaginez un monde dans lequel la magie est cyclique et non fixe. Le pouvoir apparaissant et disparaissant au fil des siècles. Sans le Pouvoir, il y a des religions qui perpétuent des autodafés à l'encontre de grimoires de sorciers et de chamanes, les hommes qui doivent se débrouiller sans lui et donc créer. Si bien que, pour La machine de Léandre, dans un décor à la Belle Époque, lorsque le Pouvoir a ressurgi depuis peu, des scientifiques l'étudient. Car oui, plus personne ne sait l'utiliser et il ne faudrait pas commettre d'accidents, comme rater un sort qui ouvrirait une faille menant tout droit à un autre univers... Ah mais c'est ce qui se produit puisqu'un démon a été aperçu dans un magasin de vêtement célèbre.

illustration de Cris Ortega

illustration de Cris Ortega

1 - La machine de Léandre

Invention et magie

Constance Agdal, professeur agrégé en sciences magiques, se retrouve mêlée à cette histoire de démon apparu lors de la disparition de l'un de ses collègues. Et si ce fait et l'apparition du démon étaient liés ? Interrogée par un enquêteur et une chasseuse du Magistère, Constance s'enlise dans cette affaire. Surtout lorsque son chemin croise celui d'un incube. C'est en l'aidant qu'elle croise une amie d'enfance et son compagnon. D'exposés en rencontres, la voilà qui prête main forte au troublant Philidor Magnus, à propos d'une machine sur laquelle son disparu collègue travaillait en parallèle... Il ne s'agit d'autre que la machine de Léandre, le célèbre Léandre l'Alchimiste ayant entrepris la création de cette machine quatre siècles auparavant. Cette invention mécaniserait le pouvoir : elle créerait, uniquement alimentée par ce dernier, des minerais pour commencer. Pour autant, un grand industriel a à l’œil Constance, simplement par concurrence ou bien cela est-il à voir plus largement... ?

Les abymes

Le personnage de Constance est celui d'une femme indépendante qui a réussi malgré son passé miséreux. Professeur, tour de main pour une femme, elle ne désire ni époux ni enfants, se fiche de la mode. Et puis, elle porte un secret, si elle est si douée pour calibrer ses expériences, c'est qu'elle est chamane... Non déclarée au Magistère car elle n'oublie pas que d'où elle vient, les chamanes disparaissent. Pourtant, est-elle vraiment en sécurité à travailler sur la machine de Léandre ? Entre danger et secret à percer, il lui faudra côtoyer sa peur la plus plus primaire : la folie.

source de l'image : https://www.romansdefantasy.com/2017/09/30/le-steampunk-aux-mille-visages/

source de l'image : https://www.romansdefantasy.com/2017/09/30/le-steampunk-aux-mille-visages/

2 - La chasseuse de livres

Âme d'aventurière

Cette nouvelle suit à La machine de Léandre. Nous y suivons Cassandra de Galata, descendante de sang bleu dans une société République, elle est  Doctorante au Laboratoire de Paléographie thaumaturgique. En plus d'étudier des manuscrits anciens sur le Pouvoir, elle écrit une thèse dans un minuscule bureau où aucun de ses collègues masculins ne daignent l'inviter sur le terrain. Car voilà ce à quoi elle aspire : l'aventure. Elle veut être chasseuse de livres, malgré son manque d'expérience et les dangers que cette profession implique. C'est pourquoi elle accepte sans hésitation une rencontre avec une femme fortunée, la présidente de la Fondation des Sciences Occultes, qui souhaite l'associer à l'un de ses projets. Cette dernière ne lui demande pas moins de lui rapporter L'Appel aux Anciens, une bible contenant les formules d'un grand chamane disparu depuis des siècles. Quand bien même cet ouvrage n'est que mythique, Cassandra voit là l'occasion inespérée de réaliser son rêve. Exaspérée par les mises en garde de plusieurs personnages masculins et la potentielle concurrence, elle part, seule, pour les ruines de Tourmayeur. Pour autant, le grimoire doit-il être découvert... ?

Photo de Florence Rivières

Photo de Florence Rivières

Voix féminines

Les deux textes sont chacun portés par une héroïne indépendante, qui a du caractère. Femme scientifique pour Constance ; jeune doctorante qui rêve d'aventures pour Cassandra. Narrés à la première personne du singulier, les récits nous entraînent avec dynamisme, écrits d'une plume entraînante et fluide qui emploie régulièrement un ton humoristique. C'est l'occasion d'aborder la condition féminine dans une société patriarcale. Constance n'est pas embrigadée par l'idée de se marier et d'avoir des enfants et elle a travaillé dur pour obtenir son poste de professeur agrégé. Quant à Cassandra, elle n'ambitionne nullement d'être une "poule pondeuse" (pour reprendre ses mots) et elle n'a pas peur de choquer en portant un pantalon lors de ses recherches dans les ruines.

La machine de Léandre et La chasseuse de livres sont deux lectures mettant en avant ces deux femmes qui réussissent seules : elles n'ont pas besoin de l'apparition d'un bon parti, du prince charmant pour se sortir de situations délicates voire périlleuses. Même si l'on sent Cassandra moins sûre d'elle, elle doute de ses capacités mais elle est plus jeune. Ce genre d'héroïne manque cruellement dans la littérature en général. Bien qu'elles peuvent se laisser un tantinet charmer, il n'y a guère de romance aussi bien dans l'un que dans l'autre de ces deux récits.

source de l'image : https://www.barnesandnoble.com/blog/sci-fi-fantasy/the-hanged-man-is-a-delightful-suspenseful-gaslamp-fantasy/

source de l'image : https://www.barnesandnoble.com/blog/sci-fi-fantasy/the-hanged-man-is-a-delightful-suspenseful-gaslamp-fantasy/

Pour conclure

Ce roman se divise en trois : La machine de Léandre, suivi de La chasseuse de livres (une longue nouvelle) puis une interview de l'auteure très enrichissante à propos de son univers notamment.

Les deux récits, menés par des personnages féminins forts, nous entraînent avec enthousiasme au gré des péripéties qu'elles rencontrent dans leur entreprise respective de suivre leur voie.

Quant à l'univers et aux décors, nous voilà dans un monde où la magie est cyclique. Ici le Pouvoir a refait son apparition récemment. Mais son savoir a été perdu à cause d'un groupe religieux, aussi est-il étudié scientifiquement, inventions et industrialisation sont également en marche. Ce qui confère un caractère propre aux textes d'Alex Evans : nous sommes dans de la fantasy steampunk, presque de la gaslamp fantasy (similaire au steampunk).

Du laboratoire d'étude de Constance au manoir isolé et réhabilité de Léandre, en passant par les salons d'Athénaïs, pour La machine de Léandre. Et du minuscule bureau de Cassandra aux collections de la Fondation des Sciences Occultes, ou encore aux ruines pour une chasse au trésor (qui m'ont fait penser au film La Momie), pour La chasseuse de Livres. Alex Evans nous immerge dans cet univers qui lui est propre sans descriptions pesantes, sans temps morts. Sans oublier l'importance de ces deux héroïnes indépendantes qui se débrouillent seules !

Petit clin d’œil puisque Cassandra est dans Sorcières Associées l'assistante de Tanit et Padmé !

Si vous avez lu Sorcières Associées, je ne peux que vous conseiller de lire également La machine de Léandre, ou vice-versa !

J'ai également pensé au film "Les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec"

J'ai également pensé au film "Les aventures extraordinaires d'Adèle Blanc-Sec"

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