Nnedi Okorafor, Binti 2, Éditions ActuSF, collection Naos, 21 mai 2021ch

Publié le par Maude Elyther

illustration par Zariel

illustration par Zariel

4ème de couverture

De retour sur Terre après son année passée à l'université intergalactique d'Oomza, la jeune Binti n'en a pas fini avec les surprises. Elle vient d'apprendre qu'elle est la descendante des Enyi Zinariya, un peuple extraterrestre, et elle se retrouve désormais capable de communiquer sans technologie tierce à travers de grandes distances. Mais la découverte de ce nouveau don, qu'elle maîtrise encore difficilement, s'accompagne d'une douloureuse nouvelle : pendant sa retraite dans le désert, les Khoush ont attaqué son village et sa famille a péri dans l'incendie de leur maison. Mais le temps du deuil n'est pas encore venu : Binti doit d'abord parvenir à concilier ses natures humaine et extraterrestre pour ramener la paix au sein de son peuple... quel qu'en soit le prix.

Autrice de fantasy et de science-fiction, Nnedi Okorafor a été lauréate du World Fantasy Award et du Prix Imaginales pour Qui a peur de la mort ? Abordant les thèmes de l'identité et des traditions, chers à l'autrice, Binti : La Mascarade nocturne vient clore le diptyque commencé par Binti, lauréat des prix Hugo et Nebula.

Avant-propos

Je remercie Jérôme et les Éditions ActuSF pour l’envoi de ce service presse, qui suit et termine les aventures de Binti que j’avais grandement appréciées l’année dernière !

Pour rappel, j’avais consacré une chronique à Binti. Si vous n’avez pas lu ce premier opus, je vous conseille de ne pas poursuivre davantage la lecture de cet article, au risque de vous spoiler 😉

Mots clefs

Young adult - afrofuturisme - space opera - SF - racisme - famille - amitié - différence - planète - désert - identité - traumatisme - culture - changement - révolution - héroïsme

Mon retour

Nnedi Okorafor nous avait précédemment laissés avec une Binti venant de découvrir une part de sa nature/de son héritage familial paternel, en même temps qu’un terrible danger s’abattait sur sa famille et sur Okwu, son ami Méduse. Dans le désert, alors qu’on lui ouvrait la voie sur son essence enyi zinariya, elle est loin de son village avec lequel il lui est impossible d’entrer en contact.

Oui, le retour de notre héroïne éponyme avait paru froid, notamment avec les relations tendues avec sa famille et son meilleur ami, horrifiés par ses actes comme par son physique, par l’indépendance qu’elle revendique et par ses choix, là où elle devrait rester dans son village pour se marier et avoir des enfants. Pour autant, il s’agit de sa famille, et aussi d’Okwu, qui sont menacés.

Ainsi nous la retrouvons faisant route à travers le désert, en compagnie de Mwinyi, membre des Enyi Zinariya et maître harmonisateur. Le chemin est long, d’autant plus que Binti ne parvient à contacter ni son père ni Okwu. De plus, elle peine à s’habituer au enyi zinariya qui joue avec ses perceptions. Enfin, ils arrivent à destination…

L’autrice n’avait pas épargné Binti dans le tome précédent : traumatisée et confrontée à une difficile acceptation de soi – femme Himba avec des gênes Méduses étudiant dans une autre galaxie. Ici il en est de même : deuil, massacre, préjugés, trahison, mort… Binti se retrouve impactée psychologiquement et viscéralement. Quelle est son identité, sa nature, à présent ? Himba ? Méduse ? Enyi Zinariya ? Est-elle encore humaine ? Tel son eban éclaté qui garde encore un mystère, Binti se trouve morcelée, entre ses identités multiples, son rôle d’Harmonisatrice. Tandis qu’un drame terrible a sévi, elle doit empêcher l’affrontement entre Méduses et Khoushs. Elle rassemble le conseil du village pour qu’il l’aide. Seulement, alors qu’elle se trouve entre les deux camps ennemis, seul Okwu et Mwinyi sont à ses côtés…

Alors que je pensais que cet affrontement imminent entre les Méduses et les Khoushs serait le paroxysme des aventures de Binti, il n’en est rien. Il s’agit certes d’une ligne névralgique du récit pour autant l’autrice va nous emmener plus loin, autant dans l’espace que dans la résolution de l’évolution/des interrogations de son personnage éponyme. Oomza, les Himba, les Méduses, les Khoushs, les gens du désert, son edan, la Mascarade Nocturne, son rôle d’Harmonisatrice, l’enyi zinariya… tout se téléscope. Les diversités forment un prisme, gravitent autour de Binti qui ne cesse de chercher sa place, de se définir elle-même ; il y a tant en elle. Binti est de ce fait en constante évolution, à l’image des mondes et des possibles qui l’entourent, de près comme de très loin.

La famille, étudier, son rôle d’Harmonisatrice, Okwu et Mwinyi, tout cela est important pour elle et ne peut que faire écho à sa propre complexité génétique comme mentale. Nnedi Okorafor brasse cet ensemble et offre dans cette dernière novella consacrée à son personnage éponyme une fin à la hauteur du cadre de ce récit.

En bref : je ne peux malheureusement pas vous en dire plus au risque de vous gâcher le plaisir de cette lecture. Nous retrouvons dans cette conclusion tout ce qui a fait la richesse du premier opus de Binti – l’acceptation de soi, le rejet/le racisme, l’émancipation, réaliser ses rêves, la famille, la gestion d’un traumatisme… Nnedi Okorafor n’épargne toujours pas son héroïne, la poussant dans ses retranchements extrêmes pour une résolution identitaire à la hauteur du récit. Mentalement et génétiquement complexe, Binti trouvera-t-elle sa place dans le large prisme gravitant autour d’elle ?

Nnedi Okorafor, Binti 2, Éditions ActuSF, collection Naos, 21 mai 2021ch

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