Ariel Holzl, Lames Vives, livre 1 : Obédience, Éditions Mnémos, collection Naos, 15 novembre 2019

Publié le par Maude Elyther

illustration de couverture par Melchior Ascaride

illustration de couverture par Melchior Ascaride

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4ème de couverture

Le vif-argent coule dans leurs veines.

Les esclaves sont devenus les maîtres.

La République d’Obédience est née.

Six destins se croisent et se brisent comme des chaînes dans ce roman aux personnages complexes et humains. Un récit d’aventure puissant, poignant et addictif sur la liberté et la lutte pour ses idéaux.

Avec Lames vives, Ariel Holzl explore en deux volumes un univers dystopique aux accents de fantasy orientale. Grâce au succès de sa trilogie Les Sœurs Carmines, récompensée du prix des Imaginales jeunesse et du prix littéraire de l’imaginaire des booktubeurs, il est devenu le nouveau visage du young adult.

Avant-propos

Tout d'abord, je remercie beaucoup Estelle et les Éditions Mnémos pour m'avoir proposé ce service presse !

Comme beaucoup, j'ai connu Ariel Holzl avec sa trilogie Les Sœurs Carmines, dont j'avais chroniqué le premier tome, Le complot des corbeaux. Considéré comme la nouvelle voix du young adult, Ariel nous a proposé deux sorties cette année : le premier opus de Fingus Malister, plus estampillé jeunesse, aux Éditions Rageot, et bien entendu, Obédience, première pierre de sa duologie young adult Lames Vives.

Si Fingus Malister présente un univers décalé au joyeux macabre qui se rapproche de celui des Sœurs Carmines mais pour les plus jeunes, avec Obédience, Ariel aborde un tout autre ton. Il nous plonge dans un monde aux accents dystopiques et orientaux, avec des personnes complexes en pleine (r)évolution. Plus de détails à découvrir dans ma chronique !

Mots Clefs

Young Adult - diptyque - dystopie - fantasy orientale - liberté - résilience - destin - enfant soldat - lutte des classes - tyrans - esclavage - magie & technologie

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Westend61 - Getty

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Dystopie aux accents orientaux

Dystopie : qu'est-ce que c'est ? Utopie ayant viré au cauchemar ou encore contre-utopie, la dystopie est un récit de fiction qui dépeint des univers sombres. Ce genre parle donc de notre société, de notre actualité : d'un possible futur.

Si le premier tome des Lames Vives n’explicite pas la raison de mers de pétrole, de nombreux déserts, de la rareté de l'eau, l'on pressent que ce sont là les conséquences d'une apocalypse écologique. À côté de cela, Ariel présente deux peuples : les Muedins et les Haa'thi. Au départ, les Haa'thi étaient des tyrans mais suite à la Guerre des Chaînes, les rôles se sont inversés. Et aujourd'hui, plutôt que d'apprendre du passé, les Muedins ont réduit les Haa'thi en esclavage. Ces derniers sont contraints de vivre en castes, de s'occuper des enfants des premiers, de leur servir de domestiques etc. Les Muedins ont remporté la guerre grâce à leur découverte du vif-argent, un métal par lequel ils transforment des êtres humains en arme, plus précisément des orphelins en enfants soldats : les Lames. Cette substance venue d'une météorite les immunise également contre la capacité de certains Haa'thi qui sont des Empathes : il peuvent lire les émotions des gens, leurs souvenirs ou encore contrôler leur esprit en touchant leur peau.

Ariel a concocté un univers aux accents orientaux. Sous fond de tyrans, de castes, de Haa'thi rebelles, d'un monde désertique, voilà que l'on découvre des golems titanesques, des ruines dans le désert, des mosquées, des étals de dattes, une technologie de communication embaumant l'encens ou encore un bestiaire dangereux comme des geckos géants, un redoutable Scorpi...

D'autres points font la force et l'originalité de ce premier opus des Lames Vives.

salon de Montreuil 2018

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Magie et technologie

L'un des points forts car innovant, de ce roman est la magie. En effet celle-ci qualifie ce qui dépasse les hommes, ce qui n'a pas scientifiquement été expliqué. Or certains procédés que l'on jugerait "magiques" sont en réalité de la science. Si le vif-argent donne une force surhumaine, permet l'apparition d'armes de métal liquide aux Lames, les Magnites utilisent les nanites pour jouer sur l'électricité statique, ils ont ainsi le pouvoir de télékinésie, de contrôler le feu etc. Je cite également les homoncules et les golems, qui sont façonnés et dotés d'un souffle de vie. N'oublions pas non plus certains Haa'thi Empathes, bien qu'ils se fassent rares sous le règne des Muedins.

Cette thématique souligne les différentes classes : les Muedins au sommet de la pyramide, dans la "République" d'Obédience, où le pouvoir converge au Rubicond, forteresse bien gardée, face aux Haa'thi, esclaves traités durement ou bien rebelles non recensés fuyant Obédience sur des cités flottantes... Car les Muedins ont accès à la technologie, là où les rares pouvoirs d'une poignée de Haa'thi ne peuvent rien contre les Lames et ont peur des Magnites. Les premiers s'imposent par la science, continuant sans cesse de nouvelles recherches dans le Rubicond, tandis que les croyances des seconds entrent en collision avec la république.

Castes, préciosité de l'eau, climat désertique... tout ce contexte exacerbe de fortes thématiques : la lutte des classes, la liberté, l'asservissement, les croyances. Un autre point fort de ce roman est l'absence de manichéisme. Car l'on pourrait penser de prime abord que cet opus va prendre partie, or il n'en est absolument rien. Ariel a suivi le parti très réussi de livrer le point de vue de personnages issus des différentes facettes de cet univers.

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Ariel Holzl, Lames Vives, livre 1 : Obédience, Éditions Mnémos, collection Naos, 15 novembre 2019

Roman choral

Ainsi la narration repose sur six narrateurs, narrateurs issus de différentes strates du monde que nous propose Ariel. Comme dit plus haut, point de manichéisme : aucun des personnages n'est tout blanc ou tout noir. Leur vision et leur histoire respective articulent diverses facettes de l'univers du roman. Comme les pièces d'un puzzle s'emboitant une à une, les narrations précisent au fur et à mesure l'Histoire entre les Muedins et les Haa'thi, sur les castes, les croyances etc. Parmi les narrateurs : Gryff et Saabr, deux Lames, Minah une rebelle et Empahte Haa'thi accompagnée de Nazeem son meilleur ami, Allinore, une Magnite, et aussi ???, un personnage mystère dont on connaîtra plus tard l'identité. Tout ce beau monde va devoir faire des "alliances" forcées pour survivre, pour enquêter, par devoir ou bien encore pour une quête personnelle.

Ainsi, alors que Gryff est jeté, vidé de son vif-argent, tel un déchet, il finit repêché par Minah et Nazeem. Alors qu'ils sont ennemis, l'Empathe lui demande de l'aider à gagner la Capitale pour délivrer sa sœur, prisonnière au Rubicond... sauf qu'elle n'hésite pas à saboter son libre arbitre pour qu'il obtempère. Quant à Allinore, bientôt diplômée en tant que Magnite, la voilà qui doit enquêter sur un traître dans leur rang ; elle sera accompagnée de Saabr, son "garde du corps" officiel pour la cérémonie. Puis demeure ce personnage mystère, qui témoigne d'une existence aseptisée... Chacun de ces narrateurs démontre d'une rage de liberté, de son libre arbitre : car quelle que soit leur appartenance, leur caste, ils y sont tous enchaînés.

Ce n'est pas un exercice facile d'articuler 6 narrations à la première personne, pourtant Ariel relève haut la main le défi ! Le lecteur passe d'un personnage à l'autre avec aisance, savourant le langage et la façon de penser de chaque voix, celle de Saabr étant particulièrement intéressante. Aucun n'a eu une vie facile, entre l'exil, la maladie d'un proche, la perte, les rapports aux autres difficiles (même une Lame parmi les autres), la stigmatisation. L'auteur n'épargne pas ses personnages face à leur lutte pour la liberté. Leur résilience les poussera à commettre des actes qu'ils s'interdisaient, leur permettra de dépasser leurs limites pour toujours aller de l'avant. Pourtant, face à cela, une révolte se lève, comme les prémisses d'une seconde Guerre des Chaînes. Esclaves devenus tyrans, les Muedins gardent d'autres secrets dans le Rubicond...

https://www.humanafterhal.com/tag/dystopie

https://www.humanafterhal.com/tag/dystopie

Pour conclure

Avec Obédience, Ariel Holzl nous propose le premier tome d'une duologie young adult qui change radicalement des Sœurs Carmines, prouvant à nouveau son talent pour la narration (ici 6 narrateurs se distinguent) mais aussi pour la mise en place d'un univers riche et immersif, par le biais d'une dystopie aux accents orientaux.

Le terme de "magie" désigne les faits qui n'ont pas encore été expliqués de manière scientifique, aussi des mots tel que "prodige" sont utilisés par celles et ceux éloignés des technologies. Cette façon de traiter la magie/la Science innove dans le domaine de la fantasy et articule un lien avec notre époque qui va toujours plus loin dans les recherches de haute technologie.

Les points forts de ce premier opus sont indéniablement :

- l'univers dystopique qui entre en résonance avec notre actualité : l'écologie et les recherches scientifiques. La dystopie parle aussi bien du monde d'aujourd'hui que celui de demai : choisir ce genre pour un roman young adult participe à la réflexion et à l'intelligence des plus jeunes, une perspective que met en avant la collection Naos !

- la narration en roman choral qui articule les voix de 6 personnages issus de différentes strates et luttant contre les chaînes imposées pour atteindre la liberté

- l'absence de manichéisme

- le traitement de la magie/Science

Petit plus, le roman comporte quelques illustrations intérieures pleine page noires et blanches signées Melchior Ascaride !

Vous l'aurez compris, Lames Vives propose un univers sombre, tortueux et complexe, faisant la part belle au traitement des personnages dans un univers dystopique dont les accents orientaux vous charmeront !

Ariel Holzl, Lames Vives, livre 1 : Obédience, Éditions Mnémos, collection Naos, 15 novembre 2019

Autres lectures :

Si vous ne connaissiez pas Ariel Holzl, je vous invite à découvrir sa première trilogie, Les Sœurs Carmines :  de l'urban fantasy gothique et décalée dans une époque victorienne. Voici ma chronique du premier tome, Le complot des corbeaux.

Si le traitement de la magie/science vous a plu, sachez que vous trouverez une approche similaire chez Alex Evans, en version steampunk : Sorcières Associées tome 1, La machine de Léandre tome 1.

Pour aller plus loin : voici une émission où l'on traite de la dystopie dans la littérature jeunesse :

Un service presse reçu avec plein de goodies ! (le tote bag est le meilleur ami des lectrices/teurs)

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