Pierre Raufast, La Trilogie Baryonique : Tome 1, La Tragédie de l'Orque, Éditions Aux Forges de Vulcain, Collection Fiction, 03 mars 2023

Publié le par Maude Elyther

Pierre Raufast, La Trilogie Baryonique : Tome 1, La Tragédie de l'Orque, Éditions Aux Forges de Vulcain, Collection Fiction, 03 mars 2023
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4ème de couverture

2173. L’humanité se remet progressivement de la grande migration climatique qui a décimé sa population. Le progrès scientifique est au point mort.

Seule perspective possible : mettre la main sur les gisements d’antimatière qui doivent se cacher quelque part dans l’espace. A cette fin, des mineurs d’espace-temps génèrent des trous de ver pour explorer les strates de l’Univers.

Sara et Slow sont ainsi embarquées dans le module Orca-7131. Mais une avarie improbable transforme cette mission de routine en catastrophe. Une expédition de la dernière chance s’organise alors – une tentative de sauvetage qui va peut-être marquer le retour de la denrée devenue la plus rare : l’espoir.

Avant-propos

Je remercie David Meulemans et les Éditions Aux Forges de Vulcains pour m’avoir envoyé les épreuves non corrigées de ce premier tome de La Trilogie Baryonique de Pierre Raufast ! Maintenant que j’ai pris goût à la SF, j’essaye de lire régulièrement un nouvel ouvrage de ce genre pour élargir mes lectures.

Mots clefs

Science-fiction – trou de ver – antimatière – mission secours – découvertes historiques – robotisation – rapport aux robots, sciences et technologies – intelligence artificielle – réflexions philosophiques – humour – catastrophe – écologie – ressources naturelles – sociopolitique

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Pierre Raufast, La Trilogie Baryonique : Tome 1, La Tragédie de l'Orque, Éditions Aux Forges de Vulcain, Collection Fiction, 03 mars 2023

Mon retour

Nous sommes en 2173. Le réchauffement climatique a provoqué une décimation de la partie de la population mondiale, ainsi que des mouvements migratoires. La géopolitique a rebattu ses cartes. Et alors que l’on pense davantage à l’écologie, avec des fonctionnements autres qu’énergies fossiles, les vaisseaux spatiaux Orcas sillonnent l’univers pour trouver la matière noire. Celle-ci permettrait un nouveau progrès techno-scientifique.

La Terre est morcelée, certaines régions sont devenues hostiles, des déserts. Plus que jamais, les humains sont entourés par la technologie, la robotique, les intelligences artificielles (IA). Mais quand certains sont greffés à leur Sofia comme nous à nos téléphones et à internet, d’autres font office d’anarchistes, ils voient que les gens ne pensent plus par eux-mêmes, que le gouvernement manipule, ment.

— Parfois, je me demande comment faisaient les humains avant toute cette diablerie. J’ai l’impression que la Terre est devenue une prison où l’on s’enferme avec interdiction de penser par soi-même. Tu connais le fameux "Je pense donc je suis" ? Déléguer ses décisions à un Expert [IA] revient-il à nier son existence ? Sa vraie nature d’humain ?

Pierre Raufast, La Tragédie de l'Orque, Éd. Aux Forges de Vulcain

Dans l’espace, nous suivons deux duos dans deux Orcas différents. Là aussi les points de vue divergent. À quoi sert réellement le forage de trous de ver ? Une fois la manière noire trouvée, si on la trouve un jour, elle sera utilisée pour embarquer des ordinateurs quantiques dans l’espace. Sauf qu’une fois cela réalisé, il ne servira plus à rien d’aller dans l’espace ! En effet, l’humanité a décidé de prendre soin de la Terre, de ne pas chercher une autre planète à conquérir. Pourtant, ne serait-il pas merveilleux de découvrir une planète avec son propre écosystème, sa flore et sa faune… ?

Sur le point de prendre sa retraite, Youri a perdu de son ardeur, il n’aura rien découvert durant toutes ses missions passées dans l’espace, à forer les trous de ver. Son équipier, Tom, lui déborde de curiosité, il a soif de découvertes, de devenir capitaine d’un Orca. Sur un autre Orca, Sara entretient des cactus, plantes qui la rapprochent de sa femme, Ness, restée sur Terre avec leur fille, Mia. Sa seconde, Slow, est une jeune femme surdouée qui semble porter un douloureux passé. Les deux voyagent avec une tortue terrestre et un canari. La première, Caroline, adore les moments sans gravité artificielle, elle fonce comme un bolide dans le vaisseau. Quant au second, il a plus vécu dans l’espace que sur Terre, et il ne sait pas voler.

Sara et Slow, suite à une étrange défaillance du système, vont se retrouver coincées dans une strate non explorée de l’univers, très loin du système solaire de la Terre. De là, elles ne peuvent pas communiquer avec la Terre, mais le trou noir qu’elles n’ont pu refermer derrière elles alerte les équipes terriennes. Sur Terre, l’urgence est déclarée, toutefois, les manigances géopolitiques mettent des bâtons dans les roues pour une éventuelle mission de sauvetage à l’équipe de l’Orca disparu.

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(…) l’ennui est un luxe inventé par les humains. (…) Un être vivant est incapable de vider son esprit et de ne penser à rien : sans doute est-ce cela qui nous distingue des robots.

Pierre Raufast, La Tragédie de l'Orque, Éd. Aux Forges de Vulcain

Sans tomber dans le drame et en utilisant même l’humour, Pierre Raufast nous montre une Terre futuriste, avec ces mineurs et mineuses de l’espace qui cherchent la matière noire. L’accident rencontré par l’Orca de Sara et de Slow va précipiter des changements, amorçant de nouvelles réflexions. Malgré tout, l’on voit que l’humain ne change pas réellement : certains veulent empêcher la mission de sauvetage pour ne pas risquer que les mineurs découvrent des planètes pillées de leurs métaux. Et est-ce vrai que sur certaines planètes sont constituées des armées de robots ?

La robotisation, l’intelligence artificielle sont au cœur du récit. Les humains vivent littéralement avec eux, communiquent avec eux. De la Sofia, confidente, aux robots du quotidien, on compte également l’Expert à bord des Orcas. Cette omniprésence appuie sur notre dépendance déjà d’actualité aux téléphones portables, aux réseaux. Plus inquiétant, les IA paraissent envieuses de davantage de liberté ; quand on voit la façon dont les humains les considèrent et leur parlent, cela se comprend.

— Regarde autour de toi. Il n’y a rien à envier aux plus grandes cathédrales, non ? Ici, tu es au centre de l’univers, et le silence est sa symphonie céleste.

Pierre Raufast, La Tragédie de l'Orque, Éd. Aux Forges de Vulcain

L’auteur offre plusieurs points de vue : dans l’espace avec les 2 Orcas, sur Terre avec la famille de Sara, éclatée par son absence, l’Agence avec ses réunions et angles d’attaque concernant la mission de sauvetage. Et entre tout ça, nous voyons le petit copain de Mia se modeler dans l’anarchie ; lui qui répète que les Sofias manipulent, il ne voit pas qu’il se fait manipuler par une espèce de gourou…, même s’il y a effectivement des points préoccupants.

L’ensemble est plutôt manichéen, toutefois la lecture est plaisante : j’ai ri, j’ai eu la larme à l’œil, et je n’ai pu retenir une exclamation de frustration arrivée à la fin de l’ouvrage. Quand sera-t-il de la suite : Une exploration ? De nouveaux personnages ? Des révélations sur Slow ? D’autres points de vue ? Quel visage montrera l’humanité ?

— Je ne fais pas de catégories, vois-tu. Les choses existent quand elles t’apportent quelque chose. Les pierres de mon jardin d’enfance que j’aimais observer existaient. Le cerisier du fond dans lequel je grimpais existait. Ma tortue Caroline, ma mère, ma Sofia [IA confidente], toi. Vous existez toutes. Ordre minéral, végétal, animal, humain, robot, qu’importe finalement ? Vous m’avez tous apporté quelque chose dans ma vie et m’avez permis de me construire, d’être telle que je suis aujourd’hui. Alors pourquoi aurais-je plus d’empathie ou de respect pour un humain qui vivrait à Yukagir, à des milliers de kilomètres de moi, plutôt que pour ma Sofia.

Pierre Raufast, La Tragédie de l'Orque, Éd. Aux Forges de Vulcain

En bref : Pierre Raufast nous propose ici le 1er tome d’une trilogie de science-fiction, abordant des thèmes d’actualité : l’écologie, le réchauffement climatique, la dépendance aux technologies, la course à la robotisation, l’éthique autour de l’intelligence artificielle, la géopolitique… C’est l’histoire d’une mission de sauvetage, vue de l’espace comme depuis la Terre, sous un spectre plutôt manichéen, toutefois la lecture est plaisante. De l’humour, une touche de philosophie, l’auteur ne tombe pas dans le drame.

Pierre Raufast, La Trilogie Baryonique : Tome 1, La Tragédie de l'Orque, Éditions Aux Forges de Vulcain, Collection Fiction, 03 mars 2023

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