Auriane Velten, c'est-comme-ça, Éditions Mnémos, 19 mars 2025

Publié le par Maude Elyther

Illustration de couverture : Scott Uminga

Illustration de couverture : Scott Uminga

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4ème de couverture

Apollon, Papa Legba ou encore la fée Clochette : autant de croyances nées de l’imagination fertile de l’humanité… jusqu’à en devenir bien réelles. Invisibles aux yeux des humains, elles ont traversé les siècles, les influençant à leur insu pour survivre. Cassandre est l’une d’elles. Solitaire, vivant dans la peur constante de disparaître, elle se tient à l’écart de ses semblables et préfère diriger son énergie vers Helene, l’autrice qui, grâce à sa série littéraire, lui permet de renforcer son existence dans le monde. Mais la mort de Robin des Bois vient tout bouleverser. Seule contre tous, la presque-prophétesse est persuadée que quelqu’un cible les croyances et qu’aucune, aussi populaire soit-elle, n’est à l’abri. Sera-t-elle de nouveau condamnée à ne pas être écoutée ?

Après After®, Prix Utopiales 2021, et Cimqa, Auriane Velten continue de proposer une science-fiction singulière qui, sous une critique acérée de notre société, place l’humain au cœur de récits emplis de bienveillance et d’optimisme.

Auriane Velten, c'est-comme-ça, Éditions Mnémos, 19 mars 2025
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Avant-propos

Je remercie chaleureusement Estelle Hamelin des Éditions Mnémos de m'avoir proposé ce roman en service de presse. Il s'agit là du 3ème roman d'Auriane Velten, mais c'est le premier que j'ai lu de l'autrice. Autant dire tout de suite que je compte bien découvrir les autres !

Mots clefs

Littérature de l'imaginaire - fantasy urbaine - croyances - mythes - mythologies - légendes - religions - pop culture - mystère - feelgood - résilience - allégories - imaginaire - société - peur de mourir - amitié - identité - humanité - imagination

Auriane Velten, c'est-comme-ça, Éditions Mnémos, 19 mars 2025

Mon retour

Derrière son titre mystérieux, C’est-comme-ça propose une réécriture de mythes, légendes, religions et pop culture, le tout en une fantasy urbaine qui fleure bon le feelgood. Auriane Velten a instauré un concept original en donnant vie aux dieux et déesses des religions, aux personnages de pop culture ou encore aux créatures de légendes. À l’instar de l’être dont je ne me souviens plus du nom qui devient tangible en fonction de la foi mise en lui, ces figures gagnent en intensité. En effet, si elles sont invisibles à nos yeux humains, plus l’on pense à elles, et plus elles peuvent se matérialiser. Ce sont les croyances.

La foi en elle s’est modernisée avec le temps, après les prières et offrandes qui les nourrissent (et cette image à elle-seule renvoie directement au panthéon grec), aujourd’hui ce sont les films, les livres, les comédies musicales etc qui deviennent comme des artéfacts, car d’eux dépend la pérennité des croyances. Parce oui, elles peuvent « mourir », c’est-à-dire disparaître, si la foi en elles s’étiole.

Tout cela, nous le comprenons en suivant Cass, alias la Cassandre de la mythologie grecque, la prophétesse maudite. Du fait que personne ne croit en ses prédictions, Cass est une croyance solitaire, même si elle a pour meilleure amie Lyté, alias Clytemnestre qui l’assassine dans le récit de Troy. C’est dans ces paradoxes que naît la force du roman d’Auriane Velten : l’un des premiers thèmes marquant qui m’a sauté aux yeux est bien celui de l’identité.

Si les croyances prennent l’apparence décrite à travers une œuvre (sculpture, écrit saint, peinture, livre etc), est-ce que cela les représente réellement ? Elles ont leur propre vie, leurs propres émotions et désirs qui diffèrent de ce qui a été établi. Ces images antérieures leur collent toutefois littéralement à la peau. Ainsi, Cass, moquée et non crue, demeure seule, panique dès qu’Apollon, son ennemi juré, se trouve dans les parages ou pourrait lui envoyer de tortionnaires visions.

J’ai adoré que Cass ne se sente pas l’étoffe d’une héroïne (un peu comme un certain Bastien dans La Forêt des araignées tristes de Colin Heine), elle se révèle avec ses faiblesses et ses failles, et nous suivons son inspirante évolution tout au long du récit.

À l’enterrement de Robin des Bois, elle pressent une menace sur les croyances. Bien entendu, personne ne la croit, personne ne veut répondre à ses questions. Pourtant, Robin était une croyances énormément adulée, comment a-t-il pu disparaître ? Cass décide d’enquêter. En apprenant davantage sur Robin, qu’elle n’appréciait pas de son vivant, elle le découvre autrement, et se rapproche d’une horrible réalité : et s’il avait été tué par un humain ? C’est impossible, et pourtant…

(…) quand tout ce qui est vraisemblable est exclu, l’incroyable devient possible

C'est-comme-ça, Auriane Velten, Ed. Mnémos, 2025

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Marianne, Zorro, le shérif de Nottingham, Jèz (alias Jésus), Lyté et sa compagne Brigitte, Héphaïstos et bien d’autres seront présents, certains de façon plus timorée que d'autres, à des moments clefs de l’enquête de Cass. Au final, elle n’est pas seule comme elle se définissait. Même si elle doit puiser au fond d’elle pour faire face au monde, à l’extérieur, et malgré quelques rechutes dans sa profonde solitude passive.

Lorsque le titre du roman prend sens, c’est tout un branlement de combat qui secoue les croyances, et les divisent, encore. Cass ira-t-elle jusqu’au bout cette fois, au-delà de sa prédiction appuyée par ses découvertes ?

Helene, l’autrice actuelle de Cass, est le safe place de cette dernière. La presque-prophétesse se réfugie dans son appartement, parvient parfois à lui dire quelques mots. Elle aime la version d’elle qu’écrit l’allemande, un personnage plus fort, malgré les horreurs infligées par Apollon. Cela sera-t-il suffisant pour la préparer à affronter la vérité de sa prédiction, à affronter la peur de la mort ?

Outre l’identité qui est questionnée (sommes-nous ce que les autres renvoient de nous ?), la peur de disparaître (des puissants dieux olympiens aux toutes jeunes croyances), de mourir, occupe également une grande part de réflexion. Cela se manifeste par l’urgence de garder sur soi un objet à la forte imprégnation de croyance (Cass et Lyté), ou de tenter de se faire muse pour inspirer encore et toujours l’imaginaire des humains. En exergue, l’autrice interroge sur nos croyances actuelles, lourdement impactées par une société qui va de plus en plus vite et nous vide de notre substance, qui nous lobotomise.

(…) je fais ce qui doit être fait. Je donne des cours parce que c’est mon travail, c’est ce qu’on attend de moi et ce qui paye le loyer. Et j’écris… parce que je crains qu’il ne reste pas grand-chose de moi si j’arrête. Est-ce que c’est moi, ou le monde, qui deviens fous ?
(journal de Helene)

C'est-comme-ça, Auriane Velten, Ed. Mnémos, 2025

Au-delà, c’est l’imagination en laquelle croit l’autrice car en elle réside notre liberté, notre safe place, notre générateur d’énergie et de bien-être, notre sensibilité humaine ; message d’autant plus fort à l’heure de l’intelligence artificielle qui s’invite dans notre quotidien.

C’est-comme-ça ressort comme un ouvrage lumineux et bienfaisant, malgré les zones d’ombre, les doutes et les moments d’abattement des personnages. Il y a de l’empathie et une certaine douceur qui s’affirment tout au long du récit ; cela notamment à travers le personnage de Jèz (si doux et chaleureux), mais aussi via le regard de Cass qui évolue.

S’émancipant des archétypes comme du regard des autres, Cass se révèle à elle-même ; elle s’émancipe du carcan patriarcal imposé par ses origines et les tourments d’Apollon. En cela, l’autrice distille une jolie part féministe (mais je ne peux pas spoiler l’élément clef du roman où Cass affronte ses peurs), avec des moments touchant de sororité, mais aussi et surtout via la notion d’équité (lorsque les croyances de diverses statuts et origines se rejoignent) qui s’installe.

— Cass dit vrai, insista le presque-fils de Dieu. Les humains se sont toujours entourés de multiples croyances. Ils ont toujours voulu pouvoir rêver différents rêves.
Jésus, la figure centrale du plus puissant monothéïsme, était en train de reconnaître qu’aucune croyance unique ne pouvait s’imposer. Voire, même, il annonçait que cela ne devait pas être.
— Il y a là une piste, enchérit Cass. Réfléchissons ensemble, s’il vous plaît, réfléchissons ensemble à ce que nous pouvons en faire.

C'est-comme-ça, Auriane Velten, Ed. Mnémos, 2025

J’ai grandement apprécié ce roman que j’ai dévoré, et j’espère vous avoir donné envie de le découvrir à votre tour 😊

On avait fini par conclure qu’un héros est grand quand chacun peut se l’approprier à sa façon.

C'est-comme-ça, Auriane Velten, Ed. Mnémos, 2025

Auriane Velten, c'est-comme-ça, Éditions Mnémos, 19 mars 2025

En bref

Par le biais d’une critique acérée de notre société, Auriane Velten propose avec C’est-comme-ça un récit terriblement actuel qui fait la part belle à l’imagination, l’empathie et l’équité. À travers le personnage de Cass qui s’émancipe, le roman interroge la notion d’identité, la peur de la mort, le tout en dégageant douceur et lumière.

C’est aussi une réécriture des mythes, religions et pop culture qu’instaure l’autrice, défaisant certains nœuds pour incarner une tapisserie apaisée et solidaire, qui donne un nouveau sens aux croyances comme aux nôtres (et par là, la spiritualité se montre multiple, et non régie à une seule divinité ou un seul panthéon).

Auriane Velten, c'est-comme-ça, Éditions Mnémos, 19 mars 2025

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