Nicola Griffith, La Lance de Peretur, Éditions Argyll, 7 mars 2025
4ème de couverture
« Si Le Guin avait écrit une histoire de Camelot, j’imagine qu’elle aurait ressemblé à La Lance de Peretur : humaine, intelligente et profondément belle. C’est une histoire neuve façonnée dans un vieux pot, un endroit étrange dans lequel on se sent pourtant chez soi. C’est exactement ce dont j’avais besoin. » Alix Harrow, autrice des Dix mille portes de January
Dans la vallée de la Tywi, les profondeurs d’une grotte dissimulent une mère et sa fille aux yeux des hommes. L’enfant a plusieurs noms, bien qu’aucun ne lui appartienne réellement.
Lorsque l’appel irrésistible d’un lac lointain pousse la jeune fille à rejoindre le monde extérieur, sa mère lui révèle son véritable nom : Peretur. Avec pour seules possessions une lance volée, une armure cabossée et une monture rachitique, elle entame un long voyage vers la cour de Caer Leon.
C’est là que l’attend sa destinée, étroitement mêlée à celle du légendaire roi Artos et sa quête d’un artefact divin.
Née à Leeds en 1960, Nicola Griffith a donné des cours d’autodéfense pour femmes et des ateliers d’écriture. Aujourd’hui, elle écrit à plein temps et vit avec son épouse Kelley Eskridge, écrivaine elle aussi, à Seattle aux États-Unis.
Nicola Griffith a été finaliste d’à peu près tous les prix que compte l’Imaginaire anglo-saxon et en a même remporté plusieurs : Nebula, Otherwise, World Fantasy et Lambda Literary (six fois !).
Avec La Lance de Peretur, elle signe une réécriture queer et inclusive de la légende de Perceval ; un roman d’apprentissage où grandir et trouver sa place dans le monde ne se fait jamais au détriment des autres.
Traduit de l’anglais par Marie Koullen
Avant-propos
Je remercie chaleureusement Xavier Dollo des Éditions Argyll de m’avoir confié ce roman en service de presse ! Il s’agit là d’une fabuleuse réécriture de la légende arthurienne, plus spécifiquement centralisée sur le personnage de Perceval, ici Peretur. Un récit qui va faire parler de lui, c'est certain, et j'espère par là que nous découvrirons prochainement d'autres traductions de l'autrice.
Mots clefs
Fantasy médiévale – réécriture de la légende arthurienne – roman queer et inclusif – genderfluid – romance lesbienne – polyamour – rapport à la nature – place dans le monde – sororité – équité – chevaliers – objets magiques – dieux – quête
Mon retour
C’est une aura lumineuse qui enveloppe cette réécriture de la légende arthurienne autour de Perceval, ici Peretur, entre l’importance de la nature, la magie élémentaire, la sororité, et la plume de l’autrice, épurée et tout en pudeur.
Cela ressemble à une histoire vieille comme le monde : une mère qui vit avec sa fille, en plein cœur de la nature, dans une caverne protégée par la magie. La mère, Elen, est traumatisée du fait de violences virilistes, elle s'est échappée pour protéger son enfant. Elle élève sa fille dans ce cocon aux airs de sanctuaire, lâchant par moments des bribes de récits légendaires, du fait qu'elle a volé la coupe (le chaudron) et que son enfant est tour à tour, Dawnged, sa bénédiction et Tâl, sa malédiction, son fardeau.
Cet automne-là, sa mère était folle de chagrin et épuisée par la colère ; elle refusait de manger ; elle refusait de parler à sa fille, excepté pour lui cracher son nom, Tâl, comme un juron, un avertissement. « Il me cherche, il est à ma recherche ! » La jeune fille la rassurait de son mieux et restée éveillée, ballottée dans son corps par les mêmes vents que les colonies d’oies qui planaient sur le flot d’air loin au-dessus d’elle. Une magie sauvage parcourait l’automne et y résonnait ; son destin se rapprochait, elle le sentait dans son sang et ses os et les battements de son cœur, dans le tourbillon des feuilles brunes et humides et dans les battements d’ailes dans le ciel.
Peretur, qui n'a alors pas encore reçu son prénom, grandit et apprend jour après jour le langage de la nature : la voix du vent, les messages dans les battements d'ailes des oiseaux etc. Mais plus elle grandit, et plus elle s'éloigne de la grotte. Car si elle entend en elle l'appel impérieux et mystique d'un lac, elle va rencontrer d'autres personnes, des fermiers dans un premier temps. En cachette, elle réalise pour eux de petits travaux, et ils la prennent bientôt pour une fée bienveillante à laquelle ils laissent de la nourriture.
Si elle s'éprend d'une fermière, c'est lorsqu'elle croise la route de Compagnons du roi que tout bascule. Elle les aide lors d'une attaque de brigands, toujours sans se montrer. Mais la voilà décidée : elle veut devenir Compagnon. Sa mère est contre son départ, pourtant, face à l'inflexibilité de sa fille, elle lui donne enfin son nom : Peretur.
En se demandant s’il vaudrait mieux qu’elle campe à l’extérieur du village pour éviter toutes ces personnes qui lui emplissaient la tête d’inquiétudes, elle baissa la tête vers son gobelet et, avec sa première gorgée, un poisson lui entra dans la bouche, tandis qu’un autre papillonnait rêveusement sous l’avancée ombragée de la berge d’un lac, alors son esprit s’emplit d’une haute forêt d’algues sous-marines et son cœur se gorgea de lumière, celle qu’elle avait connue dans son enfance. C’était ici. Ici.
Agile et costaude à force de ses escapades dans la nature, Peretur a appris seule le maniement de la lance. Bien entendu, elle ne peut devenir Compagnon du roi Arthurus (Arthur) d'un coup de claquement de doigts. Pour rejoindre leur rang, elle devra se faire un nom. C'est ainsi que Peretur se lance sur les chemins, venant en aide à des familles volées par des brigands, pourfendant un chevalier rouge maléfique... Toutefois, Peretur tait sa capacité d'écouter la nature, faculté qui renforce son habilité et sa dextérité ; ne serait-ce pas pris pour de la facilité ?
Une fois à la cour d'Arthurus, alors que Peretur s'est fait un nom en prouvant sa valeur et est applaudi par les Compagnons, le roi quant à lui se méfie de ce jeune homme mystérieux. Ce n'est qu'une fois victorieux d'une quête que Peretur sera adoubé. La quête, vous la devinez, c'est celle du Graal, ici coupe, c'est-à-dire chaudron...
L’odeur de l’air était un peu plus fine, également, mais ce qui attira son attention fut l’odeur qui l’avait appelée toute sa vie : le chant profond, limpide et froid du lac. (...) C’était un lac situé au sommet plat d’une montage et en son centre se trouvait une île, ou peut-être un grand rocher tombé dans le Temps Jadis : à la surface lisse autour de sa base, mais au sommet allongé, morcelé et escarpé. Il était tout entier aussi nu qu’un œuf ; aucun oiseau ne nichait dans ces escarpements et aucun lichen ne remplissait ses failles.
Outre les Compagnons, une autre rencontre décisive se présente à Peretur : le lac et Nimuë. Le premier a appelé depuis toujours Peretur quant à la seconde, elle le protège et garde un secret, la pierre, qui renvoie aux objets magiques des Tuath Dé, les divinités sidhe, dont l'épée, Caledfwylch (Excalibur). L'ombre de Myrddyn (Merlin) plane sur le récit, personnage ambivalent et égocentrique, il a voulu s'accaparer la puissance des objets magiques.
En réalité, c'est une quête toute personnelle sur laquelle s'est lancé Peretur : l'identité de son père, la vérité sur la fuite de sa mère et le vol du chaudron, mais aussi sur lui-même.
Des souvenirs qui leur appartenaient et des souvenirs qui leur venaient d’autres, qui eux-mêmes les avaient obtenus d’autres, et tous se mélangeaient ensemble – des animaux et des plantes, des nuages et des berges, des poitrines et des bouches, des batailles et des horreurs. Tout. Absolument tout.
Pourtant, (…) tout était également distinct, ordonné, comme le sol d’une forêt après une tempête, dans lequel, si on s’en éloignait et l’observait avec de la distance, on pouvait lire ce qui était tombé, d’où et quand.
Peretur est elle ou il, dans une lumineuse fluidité de genre, elle ou il selon le regard des autres, sans que jamais cela n’altère son identité. Son récit imbrique moult personnages inclusifs : Llanza (Lancelot) qui boîte mais monte comme personnage à cheval, des personnages de couleurs et langues variées... L'autrice démolit même le cliché du triangle amoureux en proposant une relation polyamoureuse sincère (entre Gwenhwyfar - Guenièvre -, Arturus et Llanza). Elle comme il, Peretur aime les femmes, et elle aussi à le droit à une histoire d'amour épanouie.
En fin, La Lance de Peretur propose un décor et une magie réalistes, pas besoin de faste, même le château d'Arthurus n'est pas ostentatoire et débordant de richesses. Encré car imprégné dans un lieu réel, inspiré du haut Moyen Âge, l'univers instaure ce réalisme tout en développant douceur et bienveillance, malgré les scènes de combat, les brigands (qui le sont devenus par nécessité de survie et qui trouveront le repentir voire la réparation). Y contribue également le sentiment familier de côtoyer les personnages de la légende Arthurienne : qui ne connaît pas Arthur et Guenièvre, la dame du lac, Merlin, les Chevaliers de la Table Ronde (Lancelot, Perceval...), ou encore Excalibur ?
Malgré le côté épuré, Nicola Griffith propose une histoire intemporelle, une parenthèse lumineuse dans un univers familier duquel nous ressortons apaisés.
— Approchez. Mangez, croissez, que toutes les vies ne fassent qu’une.
En bref
Avec La Lance de Peretur, réécriture de la légende Arthurienne, Nicola Griffith propose un court roman inclusif et lumineux centré sur Peretur (Lancelot), elle ou il, qui quitte le cocon sécurisant de sa mère pour devenir Compagnon du roi Arthurus (Arthur). Son chemin l’amènera à se faire un nom, à rencontrer l’amour, tout comme à découvrir la vérité quant à son histoire.
Décor et magie réalistes, familiarité à côtoyer des personnages connus, d’autant plus attachants ici dans leur diversité : voilà un récit intemporel qui est une parenthèse bienvenue de laquelle nous ressortons apaisés.
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