Julie Elles, La Rose et le Serpent, Éditions ActuSF, collection Bad Wolf, 10 avril 2025

Publié le par Maude Elyther

illustration de couverture : Damien Dufreney

illustration de couverture : Damien Dufreney

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4ème de couverture

Duelliste à gage, Soren survit en louant illégalement son épée dans l'ombre de la République d'Ancorha. Mais lorsque le Haut-Magistrat en personne le recrute de force, il se retrouve entraîné dans la politique et ses complots, incapable d'échapper plus longtemps à son douloureux passé. De l'autre côté de la frontière, des remous agitent l'Empire de Falésie, où les mages gouvernent d'une main de fer. Alana, une jeune femme dédaignée pour sa naissance, peine à trouver sa place dans la Brigade Impériale de son père, dont le devoir est de maintenir l'ordre dans la capitale. Mais le jour où une hérétique qu'elle a arrêtée profère de troublantes accusations, Alana doit faire un choix : rester loyale à son père, ou enquêter en secret au risque de tout perdre...

Julie Elles est née à Reims en 1989. Angliciste de formation, elle vit aujourd'hui outre-Manche avec son mari aimant et son chat. La Rose et le Serpent est son premier roman publié.

Avant-propos

Je remercie Jérôme des Éditions ActuSF pour cette nouvelle lecture dans le cadre de notre partenariat. Vous avez sans doute vu passer La Rose et le Serpent, sur les réseaux : sous sa jolie couverture, il s’agit d’une fantasy francophone signée par une nouvelle autrice : Julie Elles.

Mots clefs

Fantasy médiévale – low fantasy – politique – mages – hérésie – religion – monarchie versus démocratie – cape et épée – duel – deuil – vengeance

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Julie Elles, La Rose et le Serpent, Éditions ActuSF, collection Bad Wolf, 10 avril 2025

Mon retour

Pour son premier roman, c’est un beau pavé de 662 pages que propose Julie Elles. Une nouvelle fois, les Éditions ActuSF propose un objet-livre soigné : couverture cartonnée qui représente à merveille l’atmosphère de l’ouvrage, en-têtes de chapitre, signet. Toutefois, pas de panique face au volume : la mise en page et l’écriture douce et fluide vous feront rapidement tourner les pages.

Le pitch est classique : deux pays en guerre, qui divergent de politique, lancent les pourparlers pour signer un traité de paix. Ainsi, nous avons la République d’Ancorha, démocratique, et l’Empire de Falésie, monarchique. Nous rencontrons Sorren, duelliste à gage en Ancorha, et Alana, bâtarde au sein de la Brigade Impériale en Falésie. Tous deux ont leurs bagages, l’un ambigu et nourrissant sa vengeance, l’autre idéalisant le monde dans lequel elle tente de trouver sa place.

Ils ne semblaient pas destinés à se rencontrer, et pourtant.

En Ancorha, repéré par ses redoutables et infaillibles talents de duelliste, Sorren se retrouve bientôt maître d’armes du Haut-Magistrat ; un sombre épisode du passé les lie, mais le Haut-Magistrat ne reconnaît pas Sorren. Celui-ci se fait à sa nouvelle vie, patient, il fomente sa vengeance. En Falésie, Alana fait partie de la Brigade Impériale commandée par son père. Toutefois, du fait de sa bâtardise, elle est raillée et méprisée par ses collègues. Au manoir, sa belle-mère ne lui témoigne pas non plus la moindre bienveillance, au contraire. Elle est aussi mage, son père, Richard, lui ayant fait apprendre la magie comme les armes.

Alors que Sorren nous demeure longtemps ambigu, sous ses airs de bel homme véloce qui joue autant dans les ombres qu’en plein jour de cape et d'épée, Alana nous apparaît plus clairement. Du reste, même si j’ai préféré les parties avec Sorren, c’est à Alana que l’autrice concède l’évolution la plus marquante. Plus jeune que Sorren, tiraillée par son identité, sa mère hérétique décédée, le mépris de son entourage, sa naïveté reflète sa volonté de trouver sa place. Jusqu’à qu’elle se rende compte qu’elle n’est pas faite pour ce monde.

En Falésie, la guerre est donnée aux hérétiques, les adeptes de la nouvelle religion. C’est justement lorsqu’elle en capture une que l’idéal d’Alana se prend un éclat. La femme hérétique connaissait sa mère, qui était herboriste, et elle lui fait promettre d’enquêter sur l’incendie qui lui a ôté la vie, car le feu n’aurait pas été un accident, mais un meurtre. Alors qu’elle ne parlait plus de sa mère depuis que Richard l’a récupérée sous son toit en la reconnaissant comme sa fille, Alana décide de mener clandestinement son enquête. C’est sur la route qui la mène avec le cortège d’émissaires en Ancorha qu’elle découvre des premières pistes de réflexion.

Bientôt, elle jouera à un jeu dangereux, car la vérité et sa redécouverte d’elle-même la rendent hérétique en Falésie.

Sorren et Alana se rencontrent en Ancorha, où la nouvelle religion n’est pas interdite ni qualifiée d’hérésie. C’est un pays plus libre aux décors entre Venise et la Renaissance, un imbroglio d’architecture surchargée, de denrées gorgées de soleil, de couleurs lumineuses ; là où la Falésie est grise et triste, boueuse. À l’instar des deux pays, Sorren et Alana sont deux opposés. Chacun va faire naître des répercussions dans la vie de l’autre.

Nous sommes clairement dans une low fantasy, un univers d’inspiration médiévale dans lequel de rares élus pratiquent la magie, les mages. Aussi, c’est l’aspect politique qui prend le dessus. Entre la vengeance de Sorren, les épisodes du passé qui réclament justice, l’enquête sur la mort de sa mère sur laquelle est lancée Alana, le traité de paix entre les deux pays. Et tout cela est lié, de près, ou de plus loin, à la nouvelle religion. Elle est hérétique en Falésie car elle promulgue une magie différente de celle qu’apprennent les mages. C’est une véritable chasse aux sorcières que dépeint l’autrice : les hérétiques, apprenant les plantes, se réunissant pour des échanges autour de leur livre de prières, sont torturés et brûlés vifs sur le bûcher, alors qu’en Ancorha, leur pensée est diffusée librement.

À l’image des deux pays divergents, Alana est tiraillée, et ce de plus en plus à mesure qu’avance le récit, entre ses rencontres, ses découvertes, ses ressentis. Que doit-elle faire ? Comment faire éclater la vérité alors qu’elle est étroitement liée à l’hérésie et au pouvoir en place ? En parallèle, elle s’attache à Sorren, prenant des risques pour lui sans savoir encore sa véritable identité.

Le lien entre Sorren et Alana se tisse, imperceptible et pourtant fort. Je précise toutefois l’absence de romance, même si tout les y conduit. Leur relation dégage quelque chose de plus fort si je peux dire : l’acceptation, le respect ; ils placent la réalisation de l’autre avant leurs sentiments.

Julie Elles, à défaut d’une magie plus présente, rapporte son récit sans raccourcis, prenant le temps de développer les différents chemins et cheminements que suivent Sorren et Alana. L’ensemble est linéaire, se développant touche après touche. Classique et conventionnel, La Rose et le Serpent, concède néanmoins quelques surprises que je vous laisse découvrir.

Julie Elles, La Rose et le Serpent, Éditions ActuSF, collection Bad Wolf, 10 avril 2025

En bref

Julie Elles signe avec La Rose et le Serpent son premier roman. Plutôt classique et conventionnelle, cette low fantasy prend le temps de développer son univers touche par touche, priorisant le cheminement, parfois ambigu, tiraillé et tortueux de ses deux personnages principaux. L’ensemble est visuel et confronte deux opposées politiques : une monarchie et une démocratie. De quoi interroger les notions de liberté, de vérité, de quête de soi et de religion.

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Julie Elles, La Rose et le Serpent, Éditions ActuSF, collection Bad Wolf, 10 avril 2025

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