Vincent Tassy, Morgane Caussarieu, Festin de Larmes, Éditions ActuSF, collection Les Trois Souhaits, 13 mai 2025
4ème de couverture
« Monsieur,
La mort n’a pas d’ombre. Vous devez me croire, je la connais. Longtemps j’ai dansé avec elle sans le savoir, aveuglé par sa beauté de soleil. Elle n’avait aucune ombre avant de prendre la mienne. Et je voulais vous dire que vous la connaissez, vous aussi. Je voulais vous dire qu’elle rôde autour de vous et que vous ne la voyez pas.
Tout vous dire, c’est vous doter de la seule arme capable de vous aider à remporter le combat auquel je vous appelle. En vous écrivant, je ne fais pas qu’affronter l’horreur de mes souvenirs et l’ignominie de mes actes : j’engage tout mon corps dans une entreprise qui l’éreinte un peu plus à chaque seconde. Puisse mon âme ne pas basculer dans le néant avant de vous avoir tout révélé. Puisse votre cœur répondre à mon imploration. Je n’entrevois nul autre espoir. »
Aubrey Clare a tout perdu. Sa sœur est morte de maladie, son père s'est réfugié dans des paradis artificiels et sa mère dépérit. Elle ne semble revivre que lorsqu'elle reçoit un bien mystérieux marquis le soir...
Morgane Caussarieu et Vincent Tassy, auteurs spécialistes des vampires, nous en font découvrir ici une autre facette, encore plus terrible, celle de l'emprise et de la fascination qu'ils exercent...
Préface de Barbara Sadoul et postface d'Adrien Party.
Couverture et illustrations intérieures : Morgane Caussarieu.
Avant-propos
Je remercie très chaleureusement Jérôme Vincent et les Éditions ActuSF pour l'envoi de ce roman dans le cadre de notre partenariat ! Je suis ravie de l'avoir reçu dédicacé par Vincent Tassy, auteur que je suis depuis un moment maintenant et dont l'univers littéraire comporte beaucoup de parallèles avec le mien. Quel plaisir de plonger dans une nouvelle œuvre vampirique, signée ici à quatre mains. En effet, après Entrevue choc avec un vampire, l'hommage parodique à Anne Rice, Vincent Tassy et Morgane Caussarieu reprennent leur duo. Cette fois, ils reviennent avec un récit plus sérieux, réactualisant la figure du vampire au carrefour de moult références tant littéraires que mythologiques. Un cru à la robe sombre, aux notes décadentes et envoûtantes.
Mots clefs
Roman gothique – fin XIXème siècle – épistolaire – vampires – créature psychopompe – santé mentale – Nouvelles-Orléans – vaudou – spiritisme – âme sœur – arts – cimetières – larmes – émotions – statues – deuil – décadence – relations toxiques – narcissisme – fleurs toxiques – papillons de nuit – divergences – mythes
Mon retour
« Vous l’avez compris : à travers ces pages, j’aspire à la plus grande transparence. Je me confesse. Intus et in cute, ainsi que l’écrit Rousseau en préambule du récit de sa vie. De l’intérieur et sous la peau. Je vous livre mes entrailles, voyez-lez ; elles sont faisandées, je le sais, mais il n’est plus temps d’en avoir honte. »
Le pitch
Nouvelles-Orléans, 1856. Fin octobre, le jeune Aubrey Clare entame la rédaction de longues lettres à un destinataire inconnu. Il relate les tragédies de sa famille, son penchant divergeant, l’art, tout cela gravitant autour du marquis, cet homme fascinant et mystérieux qui entre dans sa vie suite au décès de sa sœur jumelle. Très vite, ses mots prennent une tournure licencieuse, dérangeante et obsédante, entre ses désirs monstrueux et la nature du marquis, créature de la nuit. Est-ce une confession, une mise en garde, ou purement folie, fantasme délirant ?
Je fermai les yeux. Je me demande si je n’entendis pas mes paupières craqueler.
Après, je ne sais plus trop. Je ne suis sûr de rien. Il faudra que vous me pardonniez ces absences. Peut-être font-elles partie de l’histoire. Peut-être en sont-elles l’essence.
L'arrivée de la nuit
Suite au décès d’Agatha, la famille Clare est endeuillée. Le père s’enferme constamment dans sa chambre pour se laisser aller à son addiction au laudanum ; et alors qu’il ne demande que l’attention et l’affection de ses proches, Davril, le petit frère du narrateur, passe plus de temps avec son précepteur et la domestique, Odette. Lors d’une soirée à laquelle l’emmène sa mère, Aubrey et elle rencontrent le marquis, au cours d’une séance de spiritisme menée par une prêtresse vaudou, qui se révèlera, plus tard, n’être autre que Marie Laveau en personne. Dès lors, le marquis, qui répondra au nom de Tristan Vardalec, leur rend visite chaque soir.
« Lorsque tomba le soir, la sonnette retentit. C’était l’heure du marquis. Toujours la même heure, comme si les aiguilles de l’horloge étaient enchantées et provoquaient son apparition. Il entra dans le salon, encore plus superbement vêtu qu’à l’accoutumée. Avec sa tenue d’un blanc ivoire aux manches brodées d’or, sa demi-cape blanche, le ruban blanc rassemblant ses longues boucles blondes, il paraissait une source de lumière plus vive que les chandelles. »
Plus précisément, c’est à la mère d’Aubrey que le marquis rend visite, la charmant autant que Davril, tandis qu’Aubrey se trouble chaque soir davantage de sa froideur minérale, en même temps qu’il assiste, impuissant comme dans un rêve, une illusion tronquée, au jeu de Tristan. A-t-il réellement vu le marquis boire les larmes de sa mère ? Alors que les plantes qu’offre chaque soir Tristan et les papillons de nuit colonisent le manoir, la relation charnelle du marquis et de sa mère dégoûte Aubrey, car chair et non pierre. Bientôt, sa mère présente d’inquiétants symptômes, elle dépérit, victime d’une maladie qui a déjà fait des victimes. "Les gentils vampires n'existent pas" comme aime à le raconter Morgane (Dans tes veines, Rouge Venom...).
Ma mère insistait pour qu’on maintînt la fenêtre ouverte la nuit pour laisser entrer l’air frais, malgré les papillons qui en profitaient pour s’immiscer dans la maison. Je craignais que cette vénéneuse forêt vierge ne l’étouffât ou qu’elle ne pût plus respirer avec tous ces insectes qui grouillaient sur son visage. Et s’ils entraient dans son nez ou dans sa bouche, pénétraient sa gorge, la privant de souffle ? J’imaginais ma mère suffoquée par les larves, emmaillotée dans une chrysalide végétale filandreuse, sa forme immobile enroulée de lierre comme les effigies des cimetières.
Dans le regard du monstre
L’inévitable se produit, et Aubrey chasse Tristan et de sa vie et du manoir. Pour autant, le marquis a laissé sa trace, son emprise, et lorsqu’il réapparaît, tout entier tourné sur Aubrey, celui-ci l’accueille de nouveau, fasciné par cet homme qui reconnaît en lui un génie. Car Aubrey a repris le piano et dès lors, Tristan devient son mécène et sa muse ; ses improvisations touchent au divin tant il est habité et fait résonner de retentissantes émotions.
« Je voulais briller, j’en étais conscient. Et Tristan n’avait manifestement pas d’autre ambition que m’y aider. »
Il est tour à tour malaisant et fascinant de voir le marquis tissé sa toile ensorcelante sur Aubrey. Il attire notre narrateur autant qu’il le manipule, créature psychopompe. Pourtant, Aubrey ne se laisse pas facilement attraper : s’il l’a chassé dans un premier temps, pour, au final, le laisser revenir, il ne lui concédera qu’encore plus tard ses larmes, sa tristesse longuement déversée au début dans ses improvisations au piano dont semble se sustenter, à défaut, le marquis. Quant à son désir, étroitement imbriqué à son penchant hors norme et déviant, il s’y accroche longuement avant de s’en ouvrir.
Il y eut une fois où, tandis que je pleurais ainsi d’émotion dans une alcôve lors d’une soirée, il recueillit mes larmes du bout de ses doigts et les étala sur ses lèvres, comme un fard.
Nature maudite
Le récit d’Aubrey taraude entre la conscience de ses péchés, la métamorphose qui en découle, la terreur qu’instaure Tristan en lui, qui se confrontent à la torpeur, à la langueur qui brouille sa perception et fractionne ses souvenirs. Aubrey veut briller (à l'instar d'autres personnages dans Diamants de Vincent), idéalisant sa nature maudite de musicien, mystifiant son penchant contre nature, devenant narcissique et éloignant progressivement son entourage qu'il ne juge pas à sa hauteur, excepté Tristan.
« Là où d’autres jeunes hommes verrouillent leur porte et s’allongent sur leur lit pour jouir, par la caresse, d’un moment de solitude, mon piano me suffisait à satisfaire mes pulsions sensuelles. Jouter, c’était faire de chaque note un éclat de pierre, qui s’assemblaient alors un à un pour ériger le corps de Tristan ; jouer, c’était toucher, c’était lécher sa froideur, m’en rapprocher toujours plus, jusqu’à m’enfouir comme un mausolée dans la minéralité de ses entrailles. »
Tristan… comment Aubrey aurait-il pu ne pas succomber à ce mystérieux marquis à la beauté de statue grecque, tour à tour confident, mécène, muse, virtuose des mots et de la manipulation, prédateur devenant professeur ? Cette créature de la nuit n’est jamais nommée « vampire », et pourtant, hormis qu’il ne se nourrit pas du sang de ses victimes mais de leurs larmes, et, comme nous le découvrons progressivement, des autres fluides humains (sueur, sperme, liquide amniotique…), n’incarne-t-il à la perfection cette figure psychopompe dont nous ne nous lassons pas ?
— Eh bien, dit Tristan, j’imagine que certains secrets doivent le rester. Je ne peux nier avoir moi aussi un jardin intime dont je garde précieusement la clef. Lorsque viendra le temps de vous la donner, car ce temps viendra, Aubrey, obtiendrai-je la vôtre en échange ?
J’hésitais à répondre, non seulement parce que la perspective de lui révéler la nature exacte de mes penchants m’épouvantait, mais aussi pour une autre raison, plus sibylline : je crois que j’avais tout aussi peur de percer son mystère. Tristan s’était fondu dans mes ombres et n’existait que par rapport à moi, reflet, prolongement de ma personne ; au fond, l’idée qu’il eût une existence propre en dehors de la mienne, un lieu de vie, un monde à lui, une image en dehors des mes yeux, me terrifiait.
Les références
Bien évidemment, nous retrouvons l'essence du Dracula de Bram Stoker, avec le format épistolaire, la rencontre surnaturelle, jusqu'au nom du personnage d'Henry qui lui-même fait figure d'un Van Helsing dans Festin de Larmes. Ensuite, le cadre de la Nouvelles-Orléans, le format des confidences et la relation entre Aubrey et Tristan rappellent deux vampires bien connus d'Anne Rice, à laquelle Morgane et Vincent avaient rendu hommage via la parodie Entrevue choc avec un vampire (Éd. ActuSF, 2022). Outre le décor, le cimetière, les statues, la décadence des appétences, d'autres références traversent le roman.
Notamment un écho au Portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde : avec les soirées mondaines décadentes, avec Aubrey qui laisse de plus en plus libre court à ses pulsions et Tristan qui le vide de sa tristesse, il se métamorphose, confondant son reflet avec celui du marquis. Plus Aubrey se déshumanise et plus il ressemble... ressemble à quoi ? À une statue comme il l'espère de tout son être ? ce qui transfigurerait son plus grand idéal : incarner son fantasme et se contenter de lui-même.
Le côté transgressif du tout a indéniablement la verve underground et crue du Corps Exquis de Poppy Z. Brite (Éd. J'ai lu, 2005), et l'accent du Nécrophile de Gabrielle Wittkop (Éd. Verticales, 2001).
J'ai également pensé à Misericordia de Jack Wolf (Éd. Belfond, 2013), roman dans lequel le personnage principal, Tristan, est en proie à de monstrueuses pulsions. Si son meilleur ami connaît ses penchants, l'arrivée d'une femme va tout changer. Bien que l'intrigue se déroule au 18ème siècle, et non fin 19ème comme Festin de Larmes, les notions d'âme sœur, de part sombre, monstrueuse sont au cœur du récit, proposant aussi une dimension de folklore vivant. Mais là encore, est-ce réalité ou folie ?
Quant à la création de mythologie alternative, je vous recommande chaudement Jusque dans la terre de Sue Rainsford (Éd. Aux Forges de Vulcain, 2022) qui retranscrit un univers visuel et métaphorique inoubliable et nous entraîne sur des sentiers mystiques et primitifs riches en symboles. Les items sont plus spécifiquement tournés sur la sorcellerie et le body horror. Je cite aussi Pornarina de Raphaël Eymery (Éd. Denoël, 2017) : un roman qui explore le cœur de notre fascination pour la déviance et les monstres humains en mystifiant les tueurs en série. D'ailleurs, il faut encore que je me procure son nouveau roman, Masha, la sans-utérus (Éd. des Lumières, 2024).
En fin, dans le récit de Vincent et Morgane, les statues ont l'esthétique grecque et ce n'est pas anodin. Outre leur beauté troublante (trouble accentué chez Aubrey), les co-auteurs se sont inspirés des mythes véhiculés pour façonner leur vampire (Pygmalion et Galatée, les gorgones qui pétrifient). De la chair à la pierre ou de la pierre à la chair. Comment ne pas penser aux anges de Doctor Who ? Ne clignez pas des yeux pleurez pas devant les statues tombales, à bon entendeur...
Il me dévisageait. Je me sentis nu, seul face à lui dans un froid glacial. Je faillis lui demander de me prendre dans ses bras pour me réchauffer, pour me protéger de la part de lui qui me terrorisait. Le silence dura. Je ne cherchais plus à parler, mais il n’attendait pas que je m’exprime. Il me regardait. Je ne sais comment vous le dire autrement ; il me regardait. Saisissez-vous tout ce qu’il peut y avoir d’impensable derrière ces mots ?
L’art
L’art est présent dans tout le roman : la sculpture avec les statues à l’esthétique grecque, la musique avec Aubrey dont les notes de piano traversent le récit comme autant de larmes de cristal (Vincent fait aussi partie du groupe Angellore, pianiste entre autres), le dessin (avec le destinataire mystère et les illustrations de Morgane qui ponctuent le récit, Morgane qui est aussi tatoueuse), la littérature (avec des références romanesques et mythologiques).
La musique d’Aubrey, surnaturelle, touche au divin, ou au diable, mais il ne note pas ses partitions, qui sont éphémères car il ne les joue pas deux fois. C’est un artiste maudit, mais qui se complaît de ce masque qui fait de lui un être un part. À mesure qu'il joue, qu'il livre ses émotions, ses élans, ses pulsions, le piano devient aussi maléfique que Tristan : tous deux absorbent, non pas le sang, mais la substance vitale émotionnelle.
« — (…) Il y a dans votre musique, Aubrey, quelque chose de la voix des anges ou des démons, mais je ne saurai dire quelle part l’emporte sur l’autre. »
La créature psychopompe qu’est Tristan à de l’appétence pour les artistes car leurs émotions sont exacerbées et que l’imagination les gouverne, leur donnant une saveur particulière et plus rare. D’ailleurs le marquis est lui aussi un artiste à sa façon :
J’ai beau m’être rendu coupable de tous les péchés capitaux en l’espace de quelques mois, il en est un qui a vicié mon âme plus gravement encore que les autres : l’orgueil. J’avais toujours été doux et humble : Tristan fit peu à peu germer en moi la graine de la vanité ; il fut un jardinier virtuose pour en faire éclore une fleur noire.
Fiabilité du narrateur
Outre les lettres que rédige Aubrey et que nous découvrons dans un premier temps, quelques autres sont insérées, l’ensemble regroupant 3 narrateurs, pour 7 lettres. Reconstituées comme le propose le roman, ce format interroge la fiabilité des témoignages, à l'instar de la trilogie Dark Star de Marlon James, en cours de publication aux Éditions Albin Michel (Léopard Noir, Loup Rouge ; La Sorcière de Lune). Si Aubrey se confesse, il se donne par moments le beau rôle, et que dire de ses absences qui amputent son récit de détails ? S’il met en garde son destinataire de ses missives, pourquoi prendre la peine de rédiger toutes ces pages ? Ne serait-ce pas plutôt le fruit de sa santé mentale délirante, qui fait vivre son fantasme ambulant sous les traits de Tristan ?
Oui. Il était de la même espèce que toutes ces plantes, carnivores ou vénéneuses. Comme lui, elles avaient besoin d'être arrosées pour s'épanouir. Quant aux papillons, attirés par la fleur qu'il était, ils étaient ses familiers, marquaient son territoire, l'étendaient. Transportant le mal d'un festin de larmes à un autre, comme le font les abeilles avec le pollen.
Désirer le monstre
Il y a en effet de quoi s’interroger, et c’est là un procédé bien amené, qui nous fait également nous interroger sur notre part sombre, notre fascination macabre pour les monstres en nous mettant face à notre propre santé mentale, tout comme la dernière réplique de Joe dans la série You (2018 - 2025). Peut-on également y voir une sorte de morale quant à l’espace accordé aux personnes narcissiques, aux relations toxiques ? car Festin de Larmes aborde également la vulnérabilité, peut importe l'âge, le sexe ou le statut.
Avec brio, le duo Vincent/Morgane nous emmène dans la toile fascinante et envoûtante des créatures de la nuit. À l’image d’Aubrey, nous perdons pied, tentons de nous dépêtrer, sombrons, changeons notre perception… Nous ne pouvons que tourner les pages, malmenés et charmés par l’esthétisme macabre qui transparaît. Tout comme avec Apostasie (Éd. du Chat Noir, 2016) et Loin de lui le soleil (Éd. du Chat Noir, 2019), c’est un tourbillon tortueux, aux ramifications qui s’entrecroisent, insaisissables, jusqu’à l’explosion, à l'image de l'hypnotique Objet Littéraire Non Identifié) La fille qui se noie de Kaítlin R. Kiernan (Éd. Albin Michel Imaginaire, 2023) que vous devez absolument lire si ce n'est pas encore fait.
Aubrey idéalise et mystifie son désir, désir qui se révèle face au cadavre de sa sœur, Agatha, sa jumelle avec laquelle il partage son âme. Elle apparaît comme un repère à ses pulsions de vie et de mort. Si Aubrey a le sentiment de se transfigurer, dans le génie de sa musique et dans le fait de réaliser son penchant, c'est que la nuit que lui donne à voir Tristan est chatoyante. Contrairement au jour qui voit les pensées mortifères s'exprimer. Ce sont deux élans de vie qui écartèlent le narrateur : briller ou mourir. Aimer ou souffrir.
Il y avait cette peur, toujours, chevillée à mon âme lorsqu’il était là, tout près de moi, une sorte de crainte née de son mystère.
Transfiguration
Se faisant, dans les paradoxes d'Aubrey s'expriment l'ange et la bête, l'humain et le monstre. Mais quelle est la réelle différence entre les deux ? Tristan, créature de la nuit et non humain, incarne bien le monstre par excellence (de ces monstres envoûtants et surnaturels qui nous fascinent et nous répugnent en un même temps), il manipule ses victimes pour se jouer d'elles et se repaître de leurs émotions. Et Aubrey ? Si Tristan incarne son penchant, il veut devenir comme lui, incarner son fantasme pour, dit-il, se satisfaire de lui-même. Désirer le monstre, c'est vouloir l'incarner, jouir de sa part d'ombre sans culpabilité, s'ériger au-dessus du commun, briller comme un phare divin dans la nuit éternelle.
La transfiguration articule tout le récit. Si nous suivons celle d'Aubrey (physiquement, psychiquement, mais aussi à travers son reflet, son ombre), l'item de la métamorphose est illustrée de plusieurs manières. Avec Tristan, tantôt chair tantôt immobile et froid comme la pierre ; avec le cycle d'évolution de papillons de nuit : larves, chrysalides puis imagos ; avec les symptômes de l'étrange maladie incurable qui s'installe dans le sillage de Tristan ; avec la relation gémellaire d'Aubrey et d'Agatha ; ou encore avec le marquis qui se nourrit littéralement des émotions de ses victimes et "s'humanise" alors, son coeur de pierre prenant chair.
Puis il fut là, démon de vapeur penché sur mon corps, insaisissable cauchemar.
Objet-livre
En plus du format original que crée l’ensemble des lettres réunies, Festin de Larmes est agrémenté des illustrations intérieures de Morgane, illustrations symboliques noir et blanc qui ouvrent davantage la lecture. Avec le détail du jeu d’image dans l’image de certaines qui sont signées par un personnage que nous rencontrons plus loin dans le récit. À cela, s’ajoutent la couverture cartonnée, le jaspage et le signet rouge sang vif qui font du nouveau roman de Vincent et de Morgane un des plus beaux objets-livres de ma bibliothèque !
En bref
Voilà un ouvrage monstrueux, gorgé d’appétences macabres, gouvernées par l’esthétique gothique et vampirique. Ici, les idéaux sont dirigés par l’art. Partout, la décadence : avec les pulsions divergentes libérées au cours de soirées spéciales d’érudits, avec la prolifération des fleurs – dont des toxiques – et les papillons de nuits, sphinx, bombyx et autres mites, avec le fantasme d’Aubrey qui prend vie. S’il n’en a pas après notre sang, le vampire réécrit par Vincent et Morgane, figure mythique actualisée, nous boit jusqu’à la lie.
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