Binti, Nnedi Okorafor, Éditions ActuSF, collection Naos, 24 janvier 2020

Publié le par Maude Elyther

illustration de couverture par Zariel

illustration de couverture par Zariel

4ème de couverture

Maîtresse harmonisatrice du peuple Himba, Binti est vouée à reprendre la boutique d'astrolabes de son père... Mais l’incroyable don pour les mathématiques de l'adolescente lui ouvre les portes de la prestigieuse université interplanétaire Oomza.
Binti embarque sur le Troisième Poisson à l'insu de sa famille. Mais au cours du trajet, les Méduses, ennemies millénaires des humains, abordent le vaisseau pour en massacrer les passagers. Commence alors pour Binti un combat pour sa survie et celle de ceux qui lui sont chers.
Après son roman post-apo coup de poing Qui a peur de la mort ?, Nnedi Okorafor revient avec Binti, un space opera qui a remporté le prix Hugo et le prix Nebula de le meilleure novella.

Avant-propos

Pour commencer, je remercie les Éditions ActuSF et Jérôme pour leur confiance renouvelée dans le cadre de notre partenariat de services presses ! Ensuite, je m'excuse à nouveau pour le retard concernant la rédaction, et donc la publication, de cette nouvelle chronique. Cependant, comme j'ai le souci de proposer des retours travaillés et détaillés, il était hors de question de vous livrer un retour rapide et bâclé.

Aujourd'hui, je vous propose ma chronique à propos de Binti, roman young adult afrofuturisme (rien que ça) écrit par Nnedi Okorafor, auteure américaine d'origine nigériane ! Pour ma part, j'ai adoré ma lecture, que j'ai trouvé très riche sur bien des plans. Je vous en parle plus en détails ci-dessous.

Mots clefs

young adult - afrofuturisme - space opera - SF - racisme - famille - amitié - différence - planète - désert - identité - traumatisme - culture

Binti par David Palumbo

Binti par David Palumbo

Space opera

J'ai découvert la plume et l'univers de Nnedi Okorafor avec Binti, pour autant l'auteure s'est fait connaître avec Qui a peur de la mort ? roman post apocalyptique publié aux Éditions ActuSF. Avec cette lecture, je suis sortie de mes sentiers battus : auteure africaine et Science Fiction/Space opera ! Si la SF/Space opera vous rebute, sachez qu'ici l'intrigue ne nous embarque pas dans un univers peuplé de termes abracadabrants à n'en plus finir. Elle nous propose certes des voyages et découvertes mais ici de l'ordre de la quête initiatique, autour de son héroïne éponyme, pour aborder diverses thématiques telles que la différence, le traumatisme, le rejet, la culture... Ici, Pas de guerre, de planète sauvage à coloniser, mais des planètes, des voyages spatiaux, d'autres technologies, des peuples "extraterrestres" non humanoïdes... Pour autant Nnedi Okorafor ne nous livre une aventure toute mignonne, loin de là.

L'histoire

Nous allons suivre les pas de Binta, issue de la tribu Himba sur Terre, dans une Afrique future. Promise à succéder à son père, un Harmonisateur, elle rêve cependant d'aller étudier à Oomza, université se situant dans une autre galaxie. Aussi, lorsque sa candidature est retenue avec l'attribution d'une bourse, elle quitte sa famille sans l'en informer... À bord du poisson-vaisseau (pas de ferraille : le vaisseau est vivant) et alors qu'elle commence à se faire des amis, un affreux accident va se produire...

Diplomatie & survie

Alors que Binti se familiarise avec ses futurs camarades, dans le poisson-vaisseau en chemin vers la planète Oomza, les Méduses attaquent et tuent tout le monde à bord. Tout le monde excepté Binti, protégée par son edan, cette étrange pierre qu'elle a trouvée dans le désert près de chez elle. Cette pierre des dieux peut tuer les Méduses mais lui permet également de les entendre, et donc de les comprendre et de dialoguer avec elles. Seule survivante du massacre et malgré le traumatise subit, Binti va devoir faire preuve de diplomatie. Pour survivre mais aussi pour empêcher les Méduses de débarquer à Oomza pour tuer ses habitants. À travers ses échanges avec différentes Méduses, notamment Okwu, là voilà qui conclut un marché. Le second bain de sang est évité et mieux encore, grâce à son intervention, un gage de paix est conclu. Une Méduse se voit même invitée à étudier à Oomza, il s'agit d'Okwu.

détail d'illustration par David Palumbo ; couverture pour "Binti, Home" aux Éditions Tom Doherty Associates (2017)

détail d'illustration par David Palumbo ; couverture pour "Binti, Home" aux Éditions Tom Doherty Associates (2017)

Différences

Nnedi Okorafor aborde sous plusieurs angles la notion de différence, et nous l'appréhendons au travers de Binti. Que se soit au sein de sa propre famille : ses rêves sont mal perçus car les Himba ne quittent jamais leur territoire, encore moins pour une autre planète. Puis même si elle est harmonisatrice et doit succéder à son père, elle reste une femme ; elle devra donc se marier et avoir des enfants pour être "reconnue". Himba, elle est différente des autres, car sa culture est de se couvrir le corps et les cheveux d'otjize, un mélange de sable et d'huile fleurie qui donne une couleur rouge. Les  khoushs, qui ont la peau blanche, se montrent même insultants et rabaissent Binti. Mais une fois à bord du poisson-vaisseau, seule Himba à bord, les autres ne la rejettent pas. Puis débarquent les Méduses. Ces êtres tout droit sortis de véritables cauchemars de carnage. La jeune fille va réussir à communiquer avec eux ; et au fur et à mesure, on apprendra qu'ils ne sont pas que des machines de guerre, qu'ils possèdent aussi leurs propres mœurs et culture. Sur Oomza, Binti se retrouve la seule humaine, la plupart des individus qu'elle croisera ne seront pas humanoïdes. Là aussi elle set différente et s'isole : on la considère comme une héroïne, elle qui est devenue l'interprète des Méduses. Pourtant cela lui sera source de discrimination, d'incompréhension. Puis Binti, de retour chez elle, rencontrera les gens du désert, ceux-là même qui sont considérés comme des sauvages, des aliénés.

Traumatisme

Comme si tout cet ensemble n'était déjà pas suffisant, Binti est confrontée au traumatisme qu'a inscrit en elle l'attaque des Méduses. Elle en cauchemarde et s'interroge sur sa relation amicale avec Okwu ; d'ailleurs est-ce lui qui a tué Heru, le garçon qui lui plaisait ? Cette scène la hante. Le traitement du traumatisme de Binti est très bien construit : on peut s'étonner au premier abord de la froideur de la réaction de l'héroïne. Pour autant, elle se réfugie dans l'arborescence (en harmonisatrice, elle connaît parfaitement les mathématiques : en formulant des équations, elle entre dans une transe qui lui permet de prendre du recul par exemple) ; elle doit survivre. Cette part traumatique chez elle accentue ses rapports aux autres : la famille d'Heru qui ne comprend pas qu'elle soit la seule survivante et qu'à présent elle est amie avec une Méduse, par exemple. Puis un versant extériorise vraiment cette notion de différence : une transformation physique (que je n'expliciterai pas : lisez le livre ;) ) qui s'implante en elle et rend sa nature/sa génétique unique. Le mental comme le physique/l'essence de Binti sont mis à l'épreuve et offre un discours pertinent sur l'acceptation de soi, les modifications corporelles, les états d'âme et émotions qui sont sans dessus dessous lors du passage à l'âge adulte.

Binti par Sarah Finnigan

Binti par Sarah Finnigan

Quête initiatique

Binti raconte une véritable quête initiatique. Notre héroïne part à Oomza pour se réaliser mais les choses ne se passent pas comme prévu. Son traumatisme et ses recherches sur son edan la ramènent finalement chez elle : elle a besoin d'effectuer le pèlerinage que les femmes Himba traversent toutes. Là, la voilà confrontée à sa famille, au jugement de son meilleur ami, et à ses origines, face aux gens du désert. Dans l'univers créé par Nnedi Okorafor, les cultures sont riches et complexes. Elles forment un bouillon hétéroclite au milieu duquel se tient notre héroïne ; appartient-elle réellement à l'une d'entre elles ? Sa nature d'harmonisatrice et son edan la mèneront-ils sur la bonne voie ? Son voyage initiatique se révèle plus intérieur, malgré sa traversée des galaxies et celle du désert. Des révélations seront soulevées et, alors qu'elle commence à y voir plus clair, une nouvelle bataille sonne...

Afrofuturisme

J'ai déjà évoqué la richesse des cultures mise en place par l'auteure. À cela, elle ajoute des touches technologiques : les astrolabes, "téléphone portable" du futur, les navettes qui vont à la vitesse de la lumière sur Oomza... La Terre semble dépeuplée dans cet univers, pourtant contraste l'attachement à la terre, aux racines de la tribu Himba. L'importance du rituel avec l'otjize met réellement en avant le besoin d'ancrage, de ressource de notre héroïne. De plus, l'omniprésence du désert va révéler une histoire qui m'a fascinée. On sent également que Nnedi Okorafor fait un parallèle avec l'Afrique actuelle : les tribus avec divergences et conflits entre elles, la rareté de l'eau, les cultures et mœurs liées à la Nature... D'ailleurs, elle propose un discours sensibilisant sur les animaux à travers les aventures de Binti (ce que je ne peux que saluer !). J'ai vu que le manque de descriptions en avait gêné certains : pour ma part j'ai trouvé que cela laissait davantage de place à notre imagination et exacerbait le côté exotique, le mysticisme de certaines scènes, ainsi que l'ensemble de la pléiade "d'extraterrestres" sur Oomza.

Binti,  Nnedi Okorafor,  Éditions ActuSF, collection Naos, 24 janvier 2020Binti,  Nnedi Okorafor,  Éditions ActuSF, collection Naos, 24 janvier 2020

Pour conclure

Binti, premier tome et roman réunissant trois novellas (Binti ; Binti - Feu sacré ; Binti - Retour), raconte, selon le point de vue de son héroïne éponyme, un véritable voyage initiatique, le passage à l'âge adulte. Entre les différences et les comportements de rejet/de racisme, la gestion d'un traumatisme, la volonté d'émancipation (car une femme doit se marier et fonder une famille pour avoir une réelle valeur) et de réaliser ses rêves, l'épanouissement, l'acceptation de soin... , Binti accomplit un cheminement incroyable au sein d'un univers tout aussi riche. Le monde de demain parle de celui d'aujourd'hui : beaucoup des notions évoquées par l'auteure résonnent de nos jours. Trouver sa place pour se réaliser, telle est la quête de notre héroïne. La culture, la nature, les animaux sont également au cœur de l'univers dépeint par Nnedi Okorafor et proposent des réflexions multiples. Pour ma part, j'ai beaucoup aimé la relation entre Binti et Okwu la Méduse et il me tarde de lire la suite !

Je vous recommande cette lecture !

À noter qu'une adaptation de Binti est prévue, plus d'infos ci-dessous :

Autres lectures

J'ai d'ores et déjà dans ma PAL un autre roman young adult de Nnedi Okorafor : Akata Witch, paru aux Éditions L'École des Loisirs.

Mais je compte également me procurer son recueil de nouvelles Kabu Kabu paru en début d'année aux Éditions ActuSF, et aussi son roman Qui a peur de la mort ?

Binti,  Nnedi Okorafor,  Éditions ActuSF, collection Naos, 24 janvier 2020
Binti,  Nnedi Okorafor,  Éditions ActuSF, collection Naos, 24 janvier 2020
Binti,  Nnedi Okorafor,  Éditions ActuSF, collection Naos, 24 janvier 2020
portrait de Nnedi Okorafor par Colleen Durkin

portrait de Nnedi Okorafor par Colleen Durkin

Publié dans chronique, service presse

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Commenter cet article

Elo 29/03/2020 21:20

J'avais déjà très envie de le lire mais tu me donnes encore plus envie ahahahah peut-être qu'il fera partie de mes achats post-confinement ! Je vais prendre le budget que j'avais pour les Imaginales et me réfugier en librairie avec ;p

Maude Elyther 20/04/2020 10:03

Ouiii je te le conseille vraiment ! :D J'achèterai ses autres romans plus tard aussi :)