Loïc Le Borgne, Ghost Love, Éditions ActuSF, collection Naos, 4 septembre 2020

Publié le par Maude Elyther

couverture de Zariel

couverture de Zariel

4ème de couverture

La vie de Mathis a pris un tournant bien sombre depuis que son frère s’est tué en voiture. Oscillant entre soirées alcoolisées avec sa bande d’amis et job étudiant au journal du coin, son été s’étire dans la chaleur et la culpabilité.

Il dérive jusqu’à Éléonore, jeune femme pleine de charme et de mystères. Ses goûts, ses paroles, ses passions s’accordent à merveille à ceux du jeune homme, bien qu’elle refuse tout contact physique...

Sans cesse ramené au manoir abandonné du coin, Mathis s’embarque dans une histoire qui le dépasse, mais qui pourrait bien l’aider à panser quelques plaies.

Avant-propos

J’avais bien aimé Je suis ta nuit de Loïc Le Borgne, un Stranger Think à la française. Avec Ghost Love, j’ai été plus happée par l’univers : château abandonné sur lequel la végétation reprend ses droits. Pour autant, ces ruines rescellent mystères, passé, merveilleux…

Merci à Jérôme et aux Éditions ActuSF pour l'envoi de ce service presse !

Mots clefs

Young adult – roman fantastique – fantômes – manoir – ruines – végétation – angoisse – terreur – deuil – rapport à la mort – mystère – patrimoine – mémoire – amitié – amour – romance – obsession – destruction – lumières et ténèbres – personnages historiques

Le château de Haut-Buisson (source image : https://www.perche-gouet.net/histoire/photos.php?immeuble=16823)

Le château de Haut-Buisson (source image : https://www.perche-gouet.net/histoire/photos.php?immeuble=16823)

Mon retour

Mathis est rédacteur dans un journal local. C’est un jeune homme qui semble avoir la tête sur les épaules, qui est réfléchi. Cependant, l’on découvre rapidement qu’il porte quelques lacunes : par moment, il a du mal à réellement s’intégrer à la bande d’amis qu’il côtoie, il est très proche d’Oriane sans que leur relation dépasse l’amitié… et surtout, il est incapable de faire le deuil de l’un de ses proches. S’il apprécie son travail de stagiaire au journal local, au point de viser des études pour en faire son métier, il est souvent relayé aux faits divers. Mais la violence et la mort, il ne les supporte pas. Au cours d’une soirée chez Jaouen, son meilleur ami, un orage incite tout le monde à rentrer dans la maison. Et Jaouen a alors l’idée de faire une séance de spiritisme. Une très mauvaise idée pour Mathis qui grince des dents.

Son malaise est à son comble, alors quand le journal le dépêche pour se rendre sur les lieux d’un énorme accident de la voie public, il est heureux de compter sur la présence d’Éléonore, tout juste rencontrée à la soirée. La jeune femme a commencé depuis peu un stage au même journal local que Mathis. Look vintage, beauté lumineuse, elle possède de nombreuses références communes avec notre héros qui plus est, lui qui est amateur des auteurs du XIXème siècle. Ils sympathisent d’emblée, passant beaucoup de temps ensemble bien qu’Éléonore le frustre de toujours éviter tout contact physique : bise, effleurement de coude…

En parallèle, Jaouen et sa bande de copains, dont certains sont engagés pour l’écologie, le patrimoine, le véganisme (ce que j’ai trouvé très chouette !), ont planifié de camper sur la propriété du Château d’Alice, qui va être racheté par un riche promoteur qui compte le détruire pour construire un parc d’attractions. Mathis a à cœur aussi ce parc, avec son manoir en ruines. Pourtant, a essayé de contrer les plans de destruction, en tentant vaille que vaille de faire des photos et d’avoir un entretien avec le promoteur, Mathis va y vivre de grandes terreurs.

D’emblée, le titre annonce la couleur : il y a des fantômes dans ce récit. Mais même sans cela, le lecteur l’aurait vite deviné en commençant la lecture car l’ambiance mystérieuse, quelque peu gothique par moments, se révèle idéale, de même que les lieux, pour ces figures récurrentes du folklore fantastique. Au-delà de la naissance d’une romance entre un humain et un fantôme, il y a également l’attachement et la culpabilité de Mathis envers le proche qu’il a perdu. De ce fait, lorsqu’il décide d’aider les fantômes à sauver le manoir, s’éloignant par la même occasion de ses amis, n’y a-t-il pas un fond d’égoïsme ? Son rapport à la mort est paradoxal, quelles sont alors ses réelles attentions et attentes ?

À travers les histoires des fantômes du château d’Alice, c’est tout un hommage à un personnage historique que Loïc Le Borgne témoigne. Le manoir existe toujours aujourd’hui, en ruines et dépouillé comme dans le roman. Mais au contact des fantômes, Mathis va voir à plusieurs reprises sa splendeur d’antan, de même que celui du parc, des serres, du kiosque. Dans ces moments nostalgiques à mélancoliques, ce sont bien les couleurs et la lumière qui prédominent. Ce qui instaure par extension une part manichéenne au récit, entre les sauveurs et les destructeurs. Néanmoins, cet aspect trouvera quelques nuances, notamment vers la fin du roman.

Certes le ton et les aventures de Ghost Love s’inscrivent résolument dans le young adult. Le narrateur, Mathis, personnage torturé qui va parvenir à aller au-delà des épisodes de profondes terreurs qui vont le marquer et qui va mûrir au cours du récit. Il va prendre confiance en lui, ouvrir son cœur, affirmer ses valeurs, porter la lumière. J’ai bien aimé également la jeunesse engagée pour des sujets actuels (écologie, patrimoine…). Nous, êtres humains, ne savons pas que détruire : nous pouvons restaurer, entretenir, réhabiliter. Le patrimoine est une mémoire collective avec moults souvenirs et histoires. La nature possède de plus une place importante, outre l’aspect écologique, elle déploie toute sa beauté, ou investit avec harmonie les ruines du château d’Alice. Elle symbolise également la nature humaine, qui est exploitée à travers les fantômes.

En bref : un sympathique roman young adult fantastique dans lequel un duo va tout faire pour sauver de la destruction un manoir historique en ruines. Mathis, le narrateur, va évoluer au long de ce récit entre lumière et ténèbres. Deuil, rapport à la mort, amitié, confiance en soi, valeurs, jeunesse engagée… autant d’ingrédients qui participent au décor mystérieux, à la nuance du manichéisme de l’intrigue, aux aventures et profondes terreurs auxquelles vont être confrontés les personnages. Mention spéciale au château d’Alice, que ce soient ses ruines végétalisées ou son apparence art déco d’époque !

Le château de Haut-Buisson (source image : http://www.noblesseetroyautes.com/le-chateau-de-haut-buisson/)

Le château de Haut-Buisson (source image : http://www.noblesseetroyautes.com/le-chateau-de-haut-buisson/)

Publié dans chronique, service presse

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